Questions sur

Le sevrage tabagique chez la femme

 

Au risque d’une fausse note antiféministe, cette article veut fustiger une habitude prise par de trop nombreuses femmes et copiée sur les hommes : la cigarette. Les épidémiologistes n’hésitent pas à parler de « catastrophe sanitaire annoncée ». Une récente étude rapporte que, si le nombre de morts par cancers du poumon en Europe a diminué, entre 1985 et 2000, de 15 % chez les hommes, il a, dans le même temps, augmenté de 32 % chez les femmes. En France chez les 12-25 ans, la prévalence du tabagisme chez les filles (36,5 %) atteint celle des garçons (plus de 36 %). Cette progression, si les fumeuses d’aujourd’hui n’arrêtent pas massivement de fumer, sera responsable en 2025 de plus de décès par cancer du poumon que par cancer du sein.

A partir de quelle consommation peut-on parler de tabagisme ?

Les enquêtes épidémiologiques déterminent le tabagisme à partir d’une cigarette par jour. Du point de vue du risque pulmonaire, la durée prime sur la quantité. Ainsi 10 cigarettes par jour pendant 30 ans sont encore plus dangereuses que 30 cigarettes pendant 30 ans. Il n’y a pas, pour le tabagisme, de petite consommation non dangereuse dans le temps, ni de seuil en dessous duquel tout danger est écarté.

 

Existe-t-il des cigarettes moins dangereuses que d'autres ?

Non. Le tabac « léger » n’existe pas. Seule la technique de fabrication de la cigarette diminue le rendement théorique en nicotine et en goudrons de la cigarette « légère » fumée par la machine à fumer (ce qui est inscrit sur le paquet de cigarettes). En passant aux légères, la fumeuse inhale plus intensément et plus profondément la fumée. Par ailleurs, le cigare ou le tabac à rouler sont plus dangereux que la cigarette, car plus concentrés en tabac et nicotine.

 

Quelles sont les particularités du tabagisme au féminin ?

Le tabagisme féminin est la forme de tabagisme qui évolue actuellement. Phénomène de société probablement, que la publicité exploite avantageusement en surfant sur les idées reçues : peur de prendre du poids ou aide supposée pour maigrir, méconnaissance des interactions avec les traitements hormonaux…

Ceci est d’autant plus inquiétant que la physiologie féminine fait très mauvais ménage avec le tabac. Le fardeau des pathologies liées au tabac apparaît encore plus lourd chez les femmes que chez les hommes. Même en fumant moins et en ayant fumé moins longtemps, les femmes seraient plus touchées que les hommes avant l’âge de 50 ans par les pathologies classiques : cancer du poumon, du larynx ou maladies cardiovasculaires, mais aussi bronchite chronique. Pour cette dernière, on évoque l’accentuation de l’hyperréactivité bronchique qui serait lié au calibre plus réduit des bronches de la femme à l’état basal.

D’un point de vue spécifiquement féminin, le risque de cancer du sein est plus élevé chez les femmes fumeuses avant la ménopause, souvent avancée de quelques années, avec un risque accru d’ostéoporose et une diminution de l’effet des traitements en cas de tabagisme persistant. Il semble, par ailleurs, exister un effet additif de la contraception orale et du tabagisme sur le risque thrombo-embolique.

Pour compliquer tout cela, le sevrage tabagique est souvent plus difficile chez la femme que chez l’homme, à cause d’un terrain anxieux ou dépressif plus fréquent et parce que les motivations qui ont amené à fumer sont plus complexes.

 

Tabac et féminité : une bombe à retardement

Tabac et oestroprogestatifs associés multiplient le risque d’accident cardiaque par 10 avant 35 ans et par 100 après 35 ans. Le risque global d'accidents vasculaires cérébraux est multiplié par 2 lors de la contraception orale et par 5 s’il s’agit d’une fumeuse.

Difficultés de conception, consultations pour FIV, irrégularités menstruelles, métrorragies, aménorrhées, infections gynécologiques, âge avancé de la ménopause, sont plus fréquents chez les fumeuses.

Aux risques de la grossesse même (augmentation des fausses couches spontanées, des grossesses extra-utérines, des accouchements prématurés, des hématomes rétroplacentaires…) s’ajoutent les risques pour le fœtus (retard de croissance intra-utérin) et pour le nourrisson (mort subite du nourrisson, bronchiolites plus sévères, infections respiratoires fréquentes...).

 

Comment aider les femmes à arrêter de fumer ?

L’arrêt du tabac passe par la motivation. Dans le cas de la fumeuse, un certains nombres de fausses idées spécifiques doivent être remises à leur place. L’arrêt du tabac ne fait pas grossir. Tout du moins si le fumeur accepte de se faire aider, à la fois avec des substituts nicotiniques et avec des conseils diététiques adaptés (d’autant plus importants que les fumeurs ont souvent de mauvaises habitudes alimentaires). La crainte d’être « insupportable » sans cigarette repose sur l’impression de détente procurée par une cigarette après une abstinence forcée, laquelle n’est autre que la manifestation du manque. En fait, fumer est anxiogène Arrêter de fumer rompt ce cercle vicieux. La peur de l’échec du sevrage ou de la dépression sera contrebalancée par une prise en charge médicale adaptée à chaque cas. Les bénéfices attendus sont à mettre en avant : amélioration de l’aspect de la peau, récupération d’une voix claire et d’un environnement odorifére sans tabac.

Au total, aide, encouragement, soutien psychologique sans jugement de valeur sont autant d’éléments indispensables, pour toute candidate à l’arrêt du tabac. En cas de grossesse, par contre, il faut être ferme : pas de tabac (cf encadré), il en va de l’avenir du bébé.

 

Peut-on fumer en allaitant ?

L’allaitement est toujours recommandé même si la jeune mère continue à fumer ou utilise des substituts oraux. Bien évidemment, le meilleur conseil à proposer est de cesser de fumer avant la grossesse.

 

Peut-on faire arrêter en cours de dépression ?

Chez une femme présentant un terrain dépressif ou anxieux, il convient de réaliser le sevrage dans le cadre de cette dépression. Un traitement antidépresseur et un suivi médical sont indispensables. Le médecin s’attachera à rechercher les antécédents ainsi que les comorbidités connues comme aggravantes : anorexie, anxiété, phobies, TOC, conduites addictives…,

 

L'arrêt du tabac fait-il grossir ?

Contrairement aux idées reçues, l’arrêt du tabac ne fait pas grossir et ne rend pas « nerveux », à condition de prodiguer quelques bons conseils diététiques. De même, la fumeuse redevient rapidement plus sereine, car en meilleure forme physique.

 

 

Les solutions efficaces pour arrêter selon Tabac Info Service

Les méthodes et les traitements validés et recommandés en France sont :

Les substituts nicotiniques en vente en pharmacie sans ordonnance sont conseillés en première intention. Leur dosage doit être adapté au degré de la dépendance physique.

Le bupropion LP et la varénicline sont délivrés uniquement sur ordonnance car leur utilisation comporte des contre-indications et des précautions d’emploi à respecter.

Les thérapies cognitives et comportementales aident à modifier les comportements et certains systèmes de pensée. Elles permettent de prévenir les rechutes et de gérer les situations tentantes (stress, convivialité…) différemment.

L’acupuncture a été citée à plusieurs reprises comme méthode possible d’arrêt. Mais pas plus que d'autres techniques elle n'a fait la preuve de son efficacité pour arrêter de fumer.

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