Bien contrôler sa tension

 

Plusieurs enquêtes ont montré, dans tous les pays, que les patients hypertendus avaient une tension artérielle supérieure aux recommandations. Les données récentes issues de l’Etude nationale nutrition santé, publiée par l’Institut de veille sanitaire, évalue le taux de patients hypertendus, chez qui la tension artérielle est normalisée à 50%. Une situation qui mérite l’attention de tous : médecins, pharmaciens, patients, et justifie que l’on rappelle les recommandations des experts.

 

Les groupes d'experts internationaux, s'appuyant sur tout un ensemble d'études épidémiologiques, sont arrivés à la conclusion que tout patient ayant une pression artérielle (PA) supérieure ou égale à 140/90 mmHg présente un risque important de développer des maladies cardiovasculaires, de décès et/ou d'invalidité. Chez tout hypertendu, il est donc recommandé de maintenir la PA sous ce seuil, par des mesures hygiéno-diététiques et/ou un traitement médicamenteux.

Qu'est-ce que la tension ?

On appelle tension artérielle, la pression exercée par le sang sur la paroi des grosses artères. On parle d'ailleurs plutôt de pression artérielle (PA). La PA varie au cours du cycle cardiaque, passant par un maximum ou pression artérielle systolique (PAS) et un minimum, la pression artérielle diastolique (PAD). La PA se mesure en millimètres de mercure (mmHg).

Selon l’OMS, les chiffres de PA normale et optimale sont 120 mmHg - 80 mmHg. Quand on dit vous avez 120 / 80, ceci veut dire que votre PA systolique (maximale) est de 120 mmHg et votre pression diastolique (minima) est de 80. Attention, il ne s'agit pas de 120,80. Ces seuils correspondent à la PA optimale, c'est-à-dire aux chiffres qui sont associés au plus faible taux de risque cardiovasculaire.

 

La mesure de la PA doit être effectuée au moyen d’un appareil validé, avec un brassard adapté à la taille du bras, chez un patient en position couchée, depuis plusieurs minutes. On peut prendre la tension en position assise. Dans ce cas, il faut veiller à placer le brassard au même niveau que le cœur et respecter un repos de 10 minutes avant la mesure. Au minimum 2 mesures doivent être faites, à quelques minutes d’intervalle. Le chiffre de PA retenu est la moyenne des mesures effectuées.

Il est recommandé d’effectuer une mesure à chaque bras lors de la première consultation. Pour la mesure au cabinet, les appareils à mercure sont considérés comme les appareils de référence, bien qu'ils doivent petit à petit être remplacés par des appareils sans mercure.

 

Le patient hypertendu doit apprendre à surveiller sa tension

L’automesure (par le patient lui-même, à différents moments de la journée) et la MAPA (mesure automatisée de la PA, sur 24 heures) permettent aux patients de surveiller leur tension et de suivre l'efficacité du traitement.

 

L'automesure permet de corriger les erreurs de diagnostic par excès que l'on appelle effet blouse blanche et qui est dû à l'appréhension de la consultation chez certains sujets. Sa valeur pronostique apparaît supérieure à celle de la mesure effectuée au cabinet médical. L'automesure est un excellent moyen d'impliquer le patient et d'améliorer l'observance thérapeutique. Il convient donc pour tous les patients hypertendus de savoir pratiquer cet examen simple. Le pharmacien dispose à l'achat ou à la location d'une variété d'appareils automatiques adaptés à chaque situation.

La MAPA est mise en place par le cardiologue, en cas de doute sur la réalité de l'HTA ou devant des variations de PA durant la journée. Il s'agit d'un appareil enregistreur (Holter) qui prend la PA, régulièrement pendant 24 heures, chez un sujet qui vaque normalement à ses occupations.

Pourquoi faut-il corriger l'hypertension artérielle ?

Il existe une relation continue entre le niveau de pression artérielle et le risque cardiovasculaire. La réduction de la PA réduit la mortalité cardiovasculaire, le risque d’accidents vasculaires cérébraux (AVC), le risque d’insuffisance rénale terminale et de démence dans certaines populations.

 

Au delà de réduire la mortalité et la morbidité cardiovasculaires, le but du traitement antihypertenseur est d’éviter l’évolution vers l’insuffisance rénale chez les hypertendus non insuffisants rénaux – notamment les sujets particulièrement à risque comme les diabétiques –, de retarder l’insuffisance rénale chronique terminale chez les sujets initialement insuffisants rénaux. Le rein est, avec le cœur et le cerveau, l'un des organes cibles principaux des dégâts occasionnés par l'hyperpression dans les vaisseaux.

 

 

Rappelons que l’HTA n’est qu’un des aspects du risque cardio-vasculaire, il est donc indispensable d’avoir une approche globale vis-à-vis des autres facteurs de risque cardio-vasculaire pour un patient donné.


Faut-il aussi corriger l'HTA chez les personnes âgées ?

Chez le sujet âgé et très âgé, il est démontré que la réduction progressive de la PA peut réduire l’incidence des événements cardio-vasculaires, l’insuffisance cardiaque, les AVC et le risque de démence jusqu’à l’âge de 80-85 ans. Au-delà, le bénéfice de la réduction de la PA est probable pour la réduction des AVC, mais il reste à démontrer qu’il n’est pas contre-balancé par les inconvénients. En conséquence, l'objectif est moins ambitieux et fixé à 150 mmHg / 90 mmHg.

 

Et chez le diabétique ?

A l'inverse, chez le diabétique, les objectifs tensionnels sont plus ambitieux. Les données de différentes études permettent de fixer une valeur cible de PA diastolique < 80 mmHg chez le diabétique. Pour la PA systolique, le seuil maximal reste à 130 mmHg.

 

Stratégie d’adaptation du traitement médicamenteux

La première préconisation en cas d'HTA est de corriger les mauvaises habitudes de vie. Il faut corriger l'excès de poids, arrêter de fumer et bouger 30 minutes d'activité physique soutenue par jour font déjà baisser la PA de façon significative.

Si besoin, un traitement médicamenteux sera mis en place. Il est recommandé de débuter par une monothérapie : un seul produit. Dans un deuxième temps, une bithérapie sera instaurée, en cas de réponse tensionnelle insuffisante au traitement initial.

 

Après 4 semaines d’un traitement initial, en cas d’absence totale de réponse à ce traitement ou en cas d’effets indésirables, il est recommandé de changer de classe thérapeutique.

 

Observance

Comme pour toute maladie chronique, le problème de l'observance est au centre de la prise en charge. Le premier problème est celui du dépistage de l’HTA qui est souvent tardif, d'où des retards dans le diagnostic et dans la mise en œuvre du traitement. L’inobservance concernant les mesures diététiques, pharmacologiques, et l’assiduité aux consultations est associée à un pronostic défavorable. Elle traduit souvent une relation médecin-malade déficiente. Une attitude d’écoute et l’instauration d’un véritable partenariat basé sur l’information et la confiance sont probablement les meilleures mesures préventives.

 

Photo AFL/Phovoir

 

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