Le médicament et internet

 

Depuis que la ministre de la Santé a lancé l’idée d’une vente possible de médicaments conseils via internet, les réactions fusent de toutes parts. En fait, dans ce domaine, il convient de faire preuve de réalisme et de bons sens. Qu’apporterait une pareille mesure et quelles en seraient les conséquences ?

 

Récemment, un ami me rapportait une anecdote savoureuse et riche d’enseignement. Son jardin, infesté de limaces -animal au demeurant inoffensif sauf si, comme lui, vous voulez profiter d’un petit carré de potager pour faire pousser salades, radis, fraises ou tomates-, semblait servir de supermarché à l’ensemble de ces hôtes inopportuns.

Un matin, n’y tenant plus, il se rend dans la jardinerie la plus proche pour y trouver le produit capable de le débarrasser des intrus. Soucieux de préserver l’environnement, de se comporter en “bon citoyen” respectueux de la nature, il fait alors l’emplette de “produits bio” a priori efficaces. Et après traitement, miracle : disparition des limaces ! Place aux plus beaux espoirs pour la récolte à venir de verdure potagère ! La famille surveille quotidiennement la poussée végétale. Las ! Quelques semaines plus tard, ce ne sont plus quelques gastéropodes sans coquille mais plusieurs dizaines qui envahissent hardiment le carré sacré.

Mon ami pense alors à demander son avis à un voisin, jardinier et retraité de son état. Lequel l’écoute le sourire aux lèvres, avant de lui expliquer la situation. Certes, dans un premier temps, grâce à une intervention “musclée”, le jardin a perdu ses étoiles dans le guide touristique des limaces mais, dans le même temps, tous leurs prédateurs naturels ont eux aussi changé de lieu d’approvisionnement. La rupture de la chaîne alimentaire naturelle a eu pour simple conséquence de permettre aux limaces de réinvestir sans danger le potager devenu “royal”.

Nos anciens connaissent en fait la meilleure manière de sauver laitues et scaroles. “Pour se débarrasser d'une façon simple et efficace des limaces, expliqua le voisin, il suffit de mettre de la bière dans un contenant –par exemple un dessous de pot de fleur qu’on prendra soin de placer à distance du potager. Les limaces folles de ce breuvage sont attirées de loin et  s’enivrent à qui mieux mieux. Il suffit ensuite de les récupérer et de leur offrir un autre lieu de villégiature”. Simple, efficace et marqué au coin du bon sens…

Notre société souffre de nombreux maux, à commencer par celui de tout vouloir, tout de suite. Ce qui pousse souvent à considérer la vérité d’hier comme obsolète.

L’internet constitue sans aucun doute une avancée. Son utilité, ses apports ne sont plus à démontrer. Par contre, il serait stupide de vouloir régler tous les problèmes de distribution avec les nouvelles technologies. L’évolution ne consiste pas à faire table rase du passé, mais tout au contraire à sauvegarder les valeurs de notre patrimoine humain, de s’appuyer sur les acquis pour les perfectionner. Il est aussi fondamental de ne pas négliger les potentiels effets collatéraux de tout changement !

La vente par internet des médicaments, quand bien même seraient-ils de conseils, en est l’illustration. Qu’apporte le fait de commander sur le net des produits qui ne sont pas anodins ? Contrefaçons, utilisations sans contrôle, absence de conseil personnalisé adapté, rupture de la traçabilité garantissant l’approvisionnement et la qualité… N’est-ce pas là prendre d’inutiles risques, alors que le maillage et la proximité des pharmacies répondent largement aux besoins des malades ?

Michel Crosnier

 

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