Loin de s’opposer à la pharmacopée classique, la phytothérapie apporte de plus en plus de preuves de son efficacité. Petit à petit, elle prend sa place dans la prise en charge des dérèglements chroniques du fonctionnement de nombreux organes, pour le plus grand bienfait des patients.

 

Le mot phytothérapie vient du grec phyto (plante) et thérapie (traitement). La phytothérapie est donc l’art de soigner par les plantes. Pratique millénaire basée sur un savoir empirique né de l’observation et transmis de génération en génération, la phytothérapie est reconnue en France officiellement comme une branche de la pharmacie depuis 1986.

 

D’où vient le concept de phytothérapie ?

La phytothérapie actuelle est maintenant la conjonction de deux courants complémentaires, d’une part la sagesse et la connaissance traditionnelle et d’autre part les découvertes de la médecine moderne. La rencontre de ces deux mondes et l’apparition de normes structurent petit à petit une approche thérapeutique originale qui devrait apporter de nouvelles façons de prendre en charge les dérèglements physiologiques et les troubles pathologiques correspondants.

 

Cette approche est-elle codifiée ?

Absolument. L’activité des produits dits de phytothérapie repose sur les substances constituantes des plantes. Or, on sait que de nombreux médicaments ont été développés à partir de telles substances. L’exemple de l’aspirine, issue de l’écorce de bouleau saule blanc (salix alba), est très significatif de ce point de vue. Sans parler des antibiotiques.

Les propriétés thérapeutiques de nombreux végétaux ont ainsi été validées par la recherche médicale moderne qui confirme ainsi les pratiques traditionnelles. Preuve incontestable de leur efficacité, les médicaments recommandés en phytothérapie sont tous titrés en principes actifs, ce qui signifie qu'ils contiennent en concentration plus ou moins forte mais toujours connue des substances actives.

 

Quelles sont les structures officielles qui réglementent la phytothérapie ?

En 1975, la Communauté économique européenne a émis des directives pour que ses pays membres effectuent une révision systématique des produits médicaux sur le marché. En Allemagne, le gouvernement a donc mis en place en 1978 une série de comités scientifiques ayant chacun une spécialité. Ainsi, la commission « E » a été dédiée à la phytothérapie. Celle-ci fait autorité.

En 1989 l’Europe a décidé de créer l’European Scientific Cooperative on Phytotherapy (ESCOP). Celle-ci regroupe une quinzaine d’associations nationales de phytothérapie, ainsi que cinq membres issus d’autres pays hors Europe, dont les USA et l’Australie.

La principale mission de l'ESCOP consiste à faire avancer les connaissances scientifiques en matière de phytothérapie. L'ESCOP organise régulièrement des symposiums réunissant des spécialistes de haut vol qui partagent leurs connaissances et leurs préoccupations en matière de phytothérapie : innocuité, efficacité, évaluation des recherches scientifiques, réglementation,...

 

Et au niveau mondial ?

En 1986, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a été mandatée pour établir des spécifications internationales sur les plantes médicinales les plus utilisées.

C'est au WHO Collaborating Center for Traditional Medicine de l'Université de l'Illinois à Chicago qu'on a confié le soin de préparer les monographies. Un large travail d’analyse et de synthèse a été entrepris par des centaines d’experts de par le monde. En 1999 a été publié un recueil de monographies sur les principales plantes utilisées en phytothérapie.

Ces monographies sont très détaillées et citent abondamment les conclusions des recherches scientifiques. Elles ont la particularité de mentionner les indications confirmées par des études cliniques, celles mentionnées par les médecines et les pharmacopées traditionnelles et celles, non confirmées par des recherches, qui relèvent d'un usage populaire.

 

Existe-t-il des preuves scientifiques de l’activité de la phytothérapie sur les cellules et les tissus ?

De plus en plus d’études faites en laboratoire sur des cellules en culture ou sur des animaux (le plus souvent le rat ou la souris) sont publiées dans les revues scientifiques. Cette étape de recherche fondamentale correspond à la phase dite de pharmacologie menée sur les médicaments classiques.

Bien menées, ces études apportent des informations intéressantes justifiant de mener des essais chez l’homme. En effet un résultat positif chez le rat indique une action physiologique potentielle. Malheureusement elle ne suffit pas à elle seule, car elle ne prouve pas une efficacité chez l’homme.

Ces études chez l’homme sont de plus indispensables car une substance dépourvue de toxicité chez l’animal peut se révéler toxique pour l’homme, comme cela est régulièrement observé lors de la mise au point de médicaments.

 

Existe-t-il des preuves cliniques ?

Les études cliniques menées selon certains critères de méthode sont le seul moyen de prouver de manière certaine l’efficacité thérapeutique d’une substance. Pour être absolument fiable, une étude clinique doit être menée selon des méthodologies reconnues internationalement : comparaison avec produit de référence, répartition des patients en double aveugle, échantillon suffisamment large…

Malheureusement, ce type d’étude clinique coûte extrêmement cher et comme les produits de phytothérapie ne sont pas brevetables, le laboratoire qui financerait ce type d’étude ne peut espérer rentabiliser l’investissement. Dans les faits, on pratique par petites études selon une approche indirecte, beaucoup moins démonstrative certes mais reposant sur l’expérience et le sens clinique des médecins.

Néanmoins, certaines plantes ont démontré leur efficacité au cours d’essais cliniques randomisés, contrôlés et de bonne envergure. C’est le cas, par exemple, de la valériane, du millepertuis, du petit-houx, du saule blanc, etc.

 

Pourquoi parle-t-on de la potentialisation de l’activité des substances issues des plantes ?

Les essais chez l’homme sont d’autant plus utiles que les substances de phytothérapie présentent des caractéristiques différentes des molécules retrouvées dans les médicaments.

À la différence d’un médicament de synthèse classique qui a une action spécifique liée à un principe actif isolé, la plante agit plutôt grâce à la multiplicité de ses composants. Les différents principes actifs se potentialisent et agissent en synergie.

Sur ce principe et afin d’amplifier une activité dans un but spécifique, les fabricants associent des substances synergiques et proposent des produits à action ciblée.

 

Quelle place pour la phytothérapie ?

Plutôt que d’opposer les médicaments classiques à la phytothérapie, de plus en plus de médecins considèrent ces deux approches comme complémentaires. Les médicaments dits classiques ont une action ciblée sur un organe, un symptôme. Ils sont très efficaces dans la prise en charge des affections aiguës ou dans la correction d’un dérèglement physiologique précis.

Pour la prise en charge, post crise, au long terme, les médecins phytothérapeutes préfèrent l’action plus globale des plantes afin d’éviter les rechutes et de corriger les dysfonctionnements physiologiques observés dans de multiples situations.

 

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