Six pistes contre la défiance vaccinale


22 décembre 2020

Antoine Bristielle, auteur de nos enquêtes sur les antimasques et sur la défiance vaccinale, livre six pistes pour que la campagne de vaccination contre le coronavirus en France soit réussie. En effet, toute la réussite de la stratégie française concernant le vaccin contre la Covid-19 est basée sur la capacité du gouvernement et des différentes institutions scientifiques à convaincre et à persuader la population de se faire vacciner. Comment faire ?

 

Par Antoine Bristielle pour la Fondation Jean-Jaurès

I.               Imposer la transparence

 

Les raisons invoquées par les Français et les Françaises pour le refus de se faire vacciner sont la peur des effets secondaires liée à une absence de recul concernant le vaccin et la collusion des intérêts économiques des laboratoires pharmaceutiques face à l'État. Cette défiance n'est pas du complotisme et ne peut être réduit à cela.

 

Diminuer la perception des risques encourus n'équivaut pas à les nier. En faisant le pari de la transparence sur l'aspect sanitaire et économique, le gouvernement augmente considérablement ses chances de convaincre le plus grand nombre. C'est en écoutant les craintes de la population, en les comprenant et en y apportant des réponses sincères, que le gouvernement pourra restaurer la confiance, qui est la clé de la réussite de cette campagne de vaccination.

 

 

II.             Insister sur la nostalgie du « monde d'avant »

 

Antoine Bristielle suggère d'évoquer la nostalgie du « monde d'avant » pour convaincre les plus réticents. Ne pas miser uniquement sur la solidarité des Français et des Françaises, et ne pas faire peur à la population pour qu'elle aille se faire vacciner. En effet, peut-on moralement mener une campagne de vaccination aussi déterminante dans un pays démocratique en ayant comme levier la peur ?

 

La nostalgie est une émotion puissante, elle peut motiver des personnes à effectuer des actions plus risquées qu'à l'accoutumée et en l'occurrence ici, à accepter de se faire vacciner. Selon l'enquête d'Antoine Bristielle, la nostalgie est particulièrement marquée chez les personnes présentant de faibles niveaux de confiance dans les institutions politiques, qui est un facteur explicatif du refus de la vaccination contre la Covid-19. Les niveaux de nostalgie sont également plus élevés chez les vaccino-sceptiques, ceux, qu'il est nécessaire de convaincre d'aller se faire vacciner.

 

Utiliser la nostalgie et insister sur les éléments de la « vie d'avant » qui nous manquent collectivement : les réunions familiales et amicales, profiter des joies d'évènements culturels ou d'un restaurant, en bref retourner à un mode de vie qui s'approche le plus de ce que nous avons pu connaître. Le vaccin ne serait alors plus une fin en soi mais un simple moyen de revenir aux joies simples de ce monde pré-épidémie. 

 

 

III.          Associer les professionnels de santé de proximité

 

Les médecins de ville bénéficient d'une large confiance de la part des Français (61%). Il est indispensable de s'appuyer sur les professionnels de santé de proximité tels que les médecins de ville ou les pharmaciens pour valoriser le rôle de la vaccination pour soi et pour les autres. Se vacciner, c'est se protéger soi, mais également protéger autrui.

 

 

IV.           Communiquer auprès des jeunes générations

 

Il est primordial de communiquer efficacement auprès des jeunes générations car ce sont elles les plus réticentes à la vaccination contre la Covid-19 puisqu'elles sont les moins à risque. En effet, ne pas adapter les messages pour encourager les plus jeunes à se faire vacciner serait une erreur considérable. De plus, il est nécessaire d'utiliser les canaux de diffusion adaptés pour accroître la visibilité du message (réseaux sociaux, médias traditionnels, médias en ligne
).

 

 

V.             Vacciner les élites politiques pour le symbole

 

Plusieurs voix se sont élevées concernant le fait que les élites politiques du pays ne seraient pas les premières à se faire vacciner. Dans ces conditions, elles ne seraient pas les premières à prendre le risque effectif de la vaccination. Le fait de se faire vacciner en premier pourrait passer comme un privilège, mais le fait d'attendre pourrait également passer pour une volonté de voir quels sont les effets secondaires sur la population avant de se faire vacciner.

 

Selon Antoine Bristielle, l'effet d'entraînement d'élites politiques allant se faire vacciner dans les premiers pourrait être décisif et permettrait d'atténuer la peur concernant la dangerosité du vaccin. Ou pour le dire autrement, dans cette période troublée, mieux vaut passer pour un privilégié et réussir une campagne de vaccination qui s'annonce extrêmement périlleuse, que de vouloir tenir son rôle de « citoyen ordinaire », puisque à l'heure actuelle être un « citoyen ordinaire » signifie refuser d'aller se faire vacciner. Et pour un président ayant tant joué de la rhétorique guerrière dans sa gestion de l'épidémie, un chef ne se doit-il pas de monter au front en premier dans un devoir d'exemplarité ?

 

 

VI.           Lancer la campagne de vaccination rapidement

 

Le gouvernement a choisi de ne pas communiquer sur une stratégie vaccinale avant les annonces des laboratoires pharmaceutiques pour ne pas susciter de faux espoirs. Désormais, il est urgent que le gouvernement et les institutions communiquent efficacement auprès de la population car l'arrivée des premiers vaccins est imminente, et qu'une grande partie de la population est réticente à l'idée de se faire vacciner. Or, comme le montre Golstein, MacDonald et Guirguis, plus une campagne de communication autour de la vaccination est lancée tôt, plus elle a des chances de réussir à convaincre la population.

Source Fondation Jean-Jaurès

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