ECG et épreuve d'effort


30 mars 2021

Très pratiqués par les cardiologues, l’électrocardiogramme (ECG) et l’épreuve d’effort sont connues des patients mais pas forcément compris. Petite revue pour en comprendre l’utilité.

 

 

 

Qu’est-ce que l’électrocardiogramme (ECG) ?

C’est l’enregistrement de l’activité électrique (de l’ordre du millivolt) du cœur : activité spontanée générée par un réseau de cellules particulières (autonomes) dans ce muscle indépendant de la volonté. L’appareil enregistreur (électrocardiographe) est sensible aussi aux activités électriques des muscles voisins. Cela produit des parasites dans le tracé cardiaque si le patient enregistré n’est pas bien détendu en position allongée.

L’appareil enregistre classiquement 12 « images » (dérivations) de l’activité électrique cardiaque avec des électrodes dont 4 sont placées aux membres (poignets et chevilles) et 6 thoraciques devant le cœur. Ces10 électrodes reconstruisent 12 tracés électriques simultanés, sur un papier enregistreur qui défile à vitesse constante de 25 mm/s.

 

Que regarde-t-on à l’ECG ?

L’électrocardiographe enregistre une série d’ondes de dépolarisation cellulaire qui affectent une zone suffisamment importante du muscle cardiaque (myocarde) pour être visibles. L’onde initiale d’un battement cardiaque est celle des oreillettes droite et gauche avec une fréquence de 60 à 100 par minute : c’est l’onde P qui provoque la contraction des oreillettes.

L’influx électrique se propage ensuite dans les ventricules où il provoque plusieurs ondes successives de dépolarisation, Q, R et S, en raison de la taille conséquente des ventricules : ce complexe QRS provoque la contraction ventriculaire, Ensuite survient une onde T de repolarisation des ventricules, afin qu’ils soient prêts à fournir une autre contraction rapidement.

L’analyse des ondes et du temps entre les ondes fournit des informations essentielles sur la qualité de la contraction cardiaque.

 

Intérêt et limites de l’ECG

L’ECG dépiste des anomalies temporaires ou persistantes du cycle électrique cardiaque. Les anomalies temporaires sont parfois difficiles à dépister parce qu’il faut « tomber  dessus » à l’enregistrement, expliquant qu’on ait besoin d’un enregistrement ECG en continu sur 24 heures ou plus (enregistrement Holter).

Toutes les situations qui troublent substantiellement la contraction électrique sont visibles à l’ECG. Parfois il faut augmenter le nombre de dérivations pour les voir. Le tracé électrique ne montre pas la qualité de la contraction musculaire cardiaque. Les autres examens d’imagerie sont souvent nécessaires (échocardiogramme, IRM, cardioscanner) pour explorer un patient.

 

Comment interprète-t-on un ECG ?

Pour interpréter un tracé il doit d’abord être lisible, sinon aucun médecin ne peut avancer un diagnostic fiable. Mauvaises conditions de réalisation (parasites trop nombreux), précipitation ou négligence de celui qui pratique l’examen le rendent ininterprétable : il faut le refaire correctement. Cela peut nécessiter de raser le thorax du patient pour que les électrodes adhérent mieux à la peau.

Il y a d’autres obstacles. L’obésité éloigne les électrodes thoraciques du cœur par exemple : le tracé perd en amplitude (microvoltage), il est plus difficile à analyser. Enfin, un ECG s’analyse toujours en ayant sous les yeux la liste des médicaments pris par le patient : digitaline par exemple. Une information sur ses habitudes alimentaires est aussi souhaitable : excès ou fuite de potassium par exemple. Ces deux facteurs peuvent modifier notablement le tracé.

 

Qu’est-ce qu’un ECG normal ?

Un ECG est normal, au repos, si la fréquence cardiaque, le déroulement des ondes, leur taille, leur forme et le temps entre elles sont dans les limites d’un fonctionnement sain. Ces données peuvent varier en fonction de la corpulence, de l’entraînement physique, de l’âge, du stress. Les anomalies, lorsqu’elles sortent du cadre attendu dans ces circonstances, trahissent un risque d’emballement ou d’arrêt cardiaque (troubles du rythme) ou de nécrose (infarctus). Un petit infarctus peut à lui seul entraîner un trouble du rythme qui provoque la mort du patient, alors que la taille de l’infarctus lui-même ne met pas sa vie en danger.

En fonction de la situation du patient, le médecin peut soupçonner un ECG normal au repos de ne pas l’être à l’effort. Pour dépister une anomalie à l’exercice (quotidien ou sportif) il demande alors une épreuve d’effort au cardiologue.

 

Qu’est-ce qu’une épreuve d’effort ?

C’est un électrocardiogramme (ECG) enregistré en milieu médical spécialisé, en continu lors d’un effort court, d’intensité progressive, sur un matériel particulier : cycloergomètre (vélo d’effort) pour les malades connus dont on explore les capacités cardiaques. L’épreuve est arrêtée quand se manifestent des anomalies cliniques (malaise) ou électriques. Sinon elle est poursuivie jusqu’à épuisement du patient. Les indications sont la recherche d’une asphyxie myocardique (artères coronaires bouchées), le bilan d’un essoufflement anormal, ou un programme de réadaptation cardiaque (après infarctus). Les cardiologues la conseille à un fumeur ou ex-fumeur récent : leur risque le risque de mort subite est important à tous les âges. Chez eux, il faut traquer les anomalies lors de la récupération post-effort sur le tracé ECG. La Haute Autorité de Santé en conseille néanmoins un usage parcimonieux en raison de son coût.

 

L’épreuve, double, cardiorespiratoire

Outre l’ECG, le test peut se doubler d’une évaluation respiratoire des gaz expirés (oxygène et gaz carbonique), qui permet de calculer la consommation maximale d’oxygène (VO2max) et le seuil ventilatoire, correspondant à un essoufflement empêchant de parler, chanter ou siffler. Habituel chez les sportifs pour diriger leur entraînement, il peut se pratiquer, selon le type de sport, sur tapis roulant, cycloergomètre ou rameur. Les cardiologues le prescrivent aussi  aux insuffisants cardiaques pour mieux cerner leur incapacité respiratoire, comme à la recherche d’anomalies méconnues chez un sportif aguerri mais vieillissant, chez un sédentaire souhaitant se (re)mettre au sport avec des facteurs de risque cardiaques et/ou respiratoires.

 

Quelles sont ses limites ?

On peut ne pas détecter d’anomalie à ces deux tests d’effort, mais ils restent essentiels au diagnostic et au suivi des maladies cardiorespiratoires : bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), maladies coronariennes, troubles du rythme cardiaques (génétiques ou pas). L’ECG d’effort est conseillé une fois par exemple à 50 ans, l’âge étant un facteur de risque cardiaque ajouté aux autres. Chez les sportifs de haut niveau avec un entraînement intense, les médecins du sport complètent les épreuves en salle médicale avec des tests en situation sur le terrain de sport mais ils ne sont pas faciles à réaliser.

 

Risque-t-on une mort imprévue pendant l’épreuve ?

Pousser un organisme dans ses limites physiques est toujours un risque de provoquer les anomalies qu’on suspecte et de mettre la vie du patient en danger. C’est la raison de son déroulement en milieu médical avec tout le matériel de réanimation à portée de main. Le cardiologue pratique l’examen en intensité croissante selon la situation du patient ou du sportif afin d’éviter des risques inutiles et bien repérer les prémisses d’un incident. Il surveille en permanence les paramètres électriques (ECG) et cliniques (état de la personne) afin d’interrompre le test immédiatement si des signes inquiétants se manifestent.

Par le Dr Sophie Duméry  // Atelier Presse Média, Théragora

 

Photo Phovoir