Le malaise vagal


2 février 2021

 

 

Le malaise vagal, banal et répandu, peut provoquer une chute mortelle selon le lieu et le moment. Il faut donc l’anticiper et accepter aussi son héritage génétique…

Par le Dr Sophie Duméry 

Le malaise vagal ou plus techniquement « malaise vasovagal » est dû à la baisse brutale et transitoire de la pression artérielle qui surprend le cerveau où siège la vigilance. Ce trouble neurovégétatif est produit par l’hypertonie subite du nerf vague qui règle la circulation sanguine de manière réflexe au long de nos activités. Il est très répandu, surtout chez les jeunes femmes. Un gène y prédispose : ZNF804A, avec des variations d’expression plus ou moins intenses.

Pour le médecin, la seule urgence est de s’assurer qu’il s’agit bien d’une simple lipothymie (autre nom du malaise vagal) que le patient sent venir et peut anticiper, et non d’une syncope de cause plus grave.

Le risque immédiat lors d’un malaise (sans perte de connaissance) ou d’une syncope (avec perte de connaissance) est la chute traumatique et/ou l’accident mortel, en fonction des circonstances : par exemple au volant d’une voiture.

 

Des signes prémonitoires

1- Le malaise vagal s’installe progressivement quoique parfois vite. C’est le premier critère. La personne ne parle plus, pâlit, sue ; sa vue se trouble, ses oreilles bourdonnent. Elle se sent « partir » et s’affaisse où elle peut si elle ne trouve pas à s’asseoir immédiatement. L’incident est habituellement bref quand la personne peut s’allonger jambes surélevées pour augmenter le retour veineux au cœur et au cerveau. Le rétablissement complet de la pression artérielle cérébrale peut demander un bon quart d’heure et dépend de la circonstance déclenchante et de sa disparition. Un moyen de réduire l’intensité du malaise et d’éviter la chute est de serrer les muscles des bras et des jambes par période de 30 secondes pour chasser le sang des muscles vers le cerveau et trouver où s’asseoir à l’abri. On peut recommencer autant de fois que nécessaire.

2- Des circonstances déclenchantes sont typées « émotionnelles/sensorielles » : émotion forte, frayeur, hypoglycémie, fatigue intense, chaleur excessive, position debout prolongée, stress… Ces causes s’additionnent ! C’est le second critère et le grand classique du malaise dans des transports en commun bondés qui provoque l’appel des pompiers, perturbe le trafic et vaut à la personne défaillante l’hostilité des autres voyageurs. On découvre de « petites natures » chez de vigoureux gaillards que la vue du sang décompose. La prudence est de ne jamais cacher cette sensibilité, afin d’éviter leur déclenchement et, si ce n’est pas possible, prendre des précautions.

3- Distinguer l’hypotension orthostatique. Dans ce cas, la baisse de pression artérielle est due au passage trop rapide de la position couchée ou assise à la position debout. Elle est fréquente avec l’avance en âge (usure du système de régulation). C’est aussi un effet indésirable de nombreux médicaments contre l’hypertension.

 

 

Syncope, inopinée !

Une syncope se caractérise par la perte de connaissance " à l'emporte-pièce ", sans signe prémonitoire et par un bas débit artériel franc. Ses causes nécessitent un bilan cardiovasculaire (et/ou neurologique) poussé. On craint d’abord un trouble paroxystique du rythme cardiaque, qui réclame une prise en charge spécialisée rapide. Le retour à la conscience est aussi « instantané » que le départ, sans anomalie de fonctionnement résiduelle (confusion) comme après une crise d’épilepsie généralisée.