L'Europe des génériques


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L'Europe des génériques

Partout en Europe, les génériques sont mis en place de manière à diminuer les coûts des dépenses de santé. Dans ce contexte, la France apparaît distancée en terme de substitution. Mais si les pharmaciens ont des obligations' le patient en a aussi.

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Les génériques représentent désormais plus de 75% des boîtes vendues au sein du 'répertoire' sur lequel ces médicaments sont inscrits par l'Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé). Ce Répertoire liste en effet, pour chaque médicament de référence (ou 'princeps'), les spécialités génériques qui lui sont associées, constituant ainsi des 'groupes génériques' dont les présentations ont toutes le même principe actif et la même forme pharmaceutique.

 

Le droit de substitution a été 'confié' aux pharmaciens en 1999. Pour autant, ceux-ci ne peuvent substituer que dans le cadre exclusif des groupes génériques. Toute substitution ne peut donc s'effectuer que par un générique inscrit dans le répertoire.

D'autres pays européens disposent d'un répertoire formel, comme le Danemark et la Suède. En Allemagne et aux Pays-Bas, les génériques sont classés dans des groupes de médicaments interchangeables. Il convient de noter que les pharmaciens allemands ne disposent pas de droit légal de substitution, mais sont tenus par le principe légal 'd'aut-idem-rule' de délivrer le générique qui coûtera le moins cher à l'assuré. Au Royaume-Uni enfin, les pharmaciens ne substituent pas, mais la prescription des médecins est rédigée à 82,7% en DCI (nom de la molécule) et largement délivrée avec des génériques.

 

Les mesures d'incitations à la prescription de génériques existent donc souvent en Europe. Partout, les patients ont l'habitude de se voir proposer des produits équivalents au 'princeps'. Ces mesures visant directement à réduire les dépenses de santé.

La politique en faveur des génériques ne s'est 'installée' en France qu'à la fin des années 90. D'où un ancrage moindre dans nos pratiques médicales que chez la plupart des voisins européens. Cela étant, les pouvoirs publics renforcent chaque année cette stratégie et les patients doivent prendre conscience que leur adhésion à la substitution est nécessaire. Faute de quoi, une pression économique pourrait peser directement sur eux (comme en Allemagne). On fait par exemple déjà appel à des Tarifs Forfaitaires de Responsabilité (TFR) lorsque le taux de substitution est jugé insuffisant : les médicaments soumis à TFR sont alors remboursés, non plus sur la base de leur prix, mais sur la base d'un tarif égal au prix des génériques.

Dans les pays où il existe un 'reste à charge' en deçà d'un plafond de dépense (Suède, Danemark), les patients ont intérêt à accepter les médicaments génériques pour minimiser leur co-paiement. Par ailleurs, en Allemagne, le patient est dispensé de toute franchise s'il accepte un médicament générique dont le prix est inférieur de 30% au tarif de référence du groupe d'équivalents thérapeutiques ou retenu dans le cadre des appels d'offres.

 

En fait, c'est à son patient qu'il pense lorsque le pharmacien propose un générique. En 2009, en France, les génériques ont représenté 33% des unités standards vendues -l'unité standard correspond à la plus petite dose commune utilisée pour un traitement (comprimé, cuillerée')-, contre 56% aux Pays-Bas, 53% au Danemark, 49% au Royaume-Uni, 47% en Allemagne et 34% en Espagne.

Notre recours aux génériques est donc plus faible, mais le potentiel d'économies lié aux tombées de brevets à venir est plus important que chez nos voisins européens' ce qui devrait satisfaire en partie les pouvoirs publics.

Michel Crosnier