L'ulcère gastro-duodénal


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Ulcère gastroduodénal, une maladie infectieuse !

Jusque dans les années 80, la maladie ulcéreuse était assimilée à un problème d'acidité gastrique. Tous les efforts des laboratoires ont porté sur les médicaments capables de réduire l'acidité. L'efficacité des médicaments mis au point a conforté tous les spécialistes dans la conviction que si « pas d'acide, pas d'ulcère. » Les années 80 ont apporté un éclairage nouveau sur les causes de l'ulcère gastrique. On sait maintenant que l'ulcère est aussi la conséquence d'une infection de la muqueuse gastrique par une bactérie : Helicobacter pylori.

 

L'ulcère gastroduodénal correspond à une perte de substance plus ou moins importante de l'estomac ou du bulbe duodénal, c'est-à-dire un « trou » dans la paroi gastrique. En fonction de la profondeur de la lésion, et des tuniques digestives lésées, on parlera : d'érosion lorsque seule la muqueuse est lésée (c'est ce que l'on rencontre dans l'ulcère de stress) ou d'ulcère profond lorsque cette lésion atteint la musculeuse.

Cette pathologie gastroduodénale est très fréquente puisqu'elle touche environ 10% de la population. L'ulcère duodénal est plus souvent rencontré chez l'homme que chez la femme (trois cas pour un).

 


Une douleur rythmée par les repas

Le plus souvent, l'ulcère gastroduodénal se manifeste par une douleur qui siège au niveau de l'épigastre (le creux de l'estomac). Cette douleur est à type de crampe ou d'impression de faim douloureuse.

C'est une douleur survenant à distance des repas, pouvant être nocturne, calmée par l'alimentation ou un anti-acide et évoluant par période de durée et de fréquence variable, mais avec une périodicité régulière dans l'année pour chaque malade.

L'ulcère peut se révéler par un syndrome ulcéreux atypique (brûlure épigastrique ou un syndrome dyspeptique, des vomissements sans caractères distinctifs) ou une complication d'emblée : une hémorragie, une perforation, mais il peut aussi être latent cliniquement.

 

Un déséquilibre entre les facteurs d'agression et de défense

L'ulcère duodénal ou gastrique résulte d'un déséquilibre en un point précis de la muqueuse, entre des facteurs d'agression (acide chlorhydrique ') et des facteurs de défense (essentiellement le mucus).

Il faut savoir que l'estomac assure la digestion des protéines (la viande') en sécrétant de l'acide chlorhydrique. Le taux d'acidité y atteint des niveaux très élevés (pH inférieur à 2,5). Pour se défendre, l'estomac produit un mucus qui tapisse la muqueuse et empêche, normalement, l'acide d'attaquer la muqueuse.

L'ingestion de produits agressifs (médicaments, aliments acides') ou la prise de toxiques diminuant l'efficacité de la défense (tabac') sont les facteurs classiquement évoqués comme favorisant l'ulcère. Depuis les années 80, on sait que l'agent essentiel de ce déséquilibre est la présence d'une bactérie : Helicobacter pylori (voir encadré).

 

Traitement de l'ulcère ou les 3 étapes de la recherche

Avant le début des années 70, l'ulcère était considéré par les médecins comme un véritable fléau, en raison du nombre important de patients atteints, de sa chronicité et surtout de la difficulté à guérir ou même à soulager les patients. En effet, une forte proportion d'ulcéreux présentaient 2 crises de plusieurs semaines par an, puis au bout de quelques années subissaient une intervention chirurgicale (gastrectomie), souvent mal tolérée et sans garantie de succès.

C'est alors qu'intervient la découverte des antiH2. Ces médicaments inhibent la sécrétion d'acide chlorhydrique et favorisent ainsi la cicatrisation des lésions. Ceux-ci ont permis de soulager les patients en quelques semaines et à éviter les récidives. On pouvait, enfin parler de guérison. Une quinzaine d'années plus tard, la sortie des inhibiteurs de la pompe à proton (IPP), autre variété d'anti sécréteurs de l'acide a permis de raccourcir encore le délai de cicatrisation et d'améliorer le taux de guérison.

Tous les spécialistes pensaient avoir touché le but. C'est alors que deux gastroentérologues australiens, en 1983, démontrèrent que contrairement à ce que l'on croyait, les microbes pouvaient vivre dans l'estomac et mirent en évidence qu'une bactérie, Helicobacter pylori était à l'origine des ulcères. En se cachant sous le mucus, cette bactérie prolifère à l'abri de l'acide et fragilise la muqueuse qui peut être agressée par les sécrétions de l'estomac. Depuis cette découverte, le traitement de l'ulcère associe antisécrétoires et antibiotiques et permet d'obtenir la guérison en 2 semaines environ.

 

Helicobacter pylori, l'ennemi silencieux

Helicobacter pylori possède plusieurs caractéristiques expliquant son rôle dans l'ulcère. Il est capable de se multiplier à l'intérieur de l'estomac où habituellement le pH acide détruit la plupart des bactéries. C'est une bactérie exclusivement humaine. Sa cible et son réservoir étant constitués par l'estomac humain. Et surtout, il sécrète une enzyme, l'uréase, capable de métaboliser l'urée en ammoniac (cette propriété est utilisée pour mettre en évidence le germe par les laboratoires d'analyses médicales). Ainsi, cette bactérie va se créer un micro-environnement qui la protège contre l'acidité par la formation d'ammoniaque qui est alcalin.

On a mis en évidence depuis la découverte de la bactérie, qu'elle était, plus généralement responsable de la gastrite et de certaines formes de cancers de l'estomac.

 

Le diagnostic repose sur la fibroscopie

C'est l'examen idéal pour le diagnostic, la réalisation de biopsies et enfin pour le suivi évolutif des ulcères. La fibroscopie permet de localiser de façon précise l'ulcère, de faire un diagnostic de l'importance et de la profondeur de l'ulcère, de faire des biopsies, à la recherche d'un éventuel cancer gastrique au début et surtout à la recherche d'Helicobacter pylori.


Les complications peuvent être invalidantes

Les complications sont, des plus fréquentes au moins fréquentes : les hémorragies digestives, les perforations donnant des péritonites, la sténose et la cancérisation. Ceci explique que le diagnostic de l'ulcère doit être le plus précoce possible et surtout qu'une fibroscopie (examen endoscopique de l'estomac) doit être pratiquée rapidement. Bien évidemment, les traitements actuels, simples, efficaces et bien tolérés assureront la guérison rapide et éviteront les complications.

 

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