La thyroïde


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La thyroïde

La catastrophe de Tchernobyl a brutalement remis sur le devant de la scène un organe oublié : la thyroïde. Depuis, tous ceux qui souffrent d'une pathologie thyroïdienne ont tendance à voir dans cette catastrophe, l'origine de leur maladie. Interrogation peut-être compréhensible, mais assurément exagérée, car la proportion de Français souffrant d'un dysfonctionnement thyroïdien est depuis toujours autour de 10%, certaines régions étant particulièrement touchées.

Mais au fait, qu'est ce que la thyroïde ?

La thyroïde est une glande endocrine d'une trentaine de grammes, située à la base du cou devant la trachée.

La thyroïde sécrète 2 hormones : la T3, qui est l'hormone active et la T4 ou thyroxine, transformée par les tissus en T3. Cette sécrétion est sous le contrôle de l'hypophyse par l'intermédiaire de la TSH (thyréostimuline). Une concentration sanguine élevée de T3 ou de T4, diminue la sécrétion de TSH et inversement (effet feed-back).

Quelle est l'action des hormones thyroïdiennes ?

Les hormones thyroïdiennes ont une action activatrice sur la croissance et les métabolismes tissulaires. Un excès d'hormones « brûle » l'énergie de l'organisme, d'où l'amaigrissement observé dans l'hyperthyroïdie et' la prescription de thyroxine pour faire maigrir (à éviter, car contre-indiquée et à l'origine d'effets secondaires graves).

La thyroïde est active dès le stade de f'tus et joue un rôle important dans la croissance. Au moment de la puberté, les hormones thyroïdiennes, associées aux hormones sexuelles permettront au corps de l'adolescent de se transformer.

 

La thyroïde concentre l'iode de l'organisme

T3 et T4 sont synthétisées à partir de molécules d'iode. La thyroïde concentre quasiment tout l'iode de l'organisme, apporté en quantité suffisante par une alimentation équilibrée. L'iode est bien sûr très présent dans les produits de la mer mais aussi les laitages, les haricots verts, le soja. Il faut savoir que le sel de table est naturellement renforcé en iode, ceci afin de lutter contre les carences (comme pour le fluor).

C'est l'iode qui explique les disparités géographiques, historiquement observées dans la survenue des ces diverses pathologies. En effet, les eaux de source dans les Alpes et en Auvergne présentent une faible concentration en iode. Ce sont des régions granitiques ou basaltiques, à la différence des plaines et vallées sédimentaires, envahies par les mers au cours de l'évolution géologique, où l'iode a pu se concentrer. La carence en iode, aggravée par la difficulté pour les produits de la mer à atteindre les pays montagneux, induit des difficultés de synthèse hormonale par la thyroïde.

 

Hypo ou hyperthyroïdie ?

La pathologie thyroïdienne peut être présentée comme la conjugaison de dérèglements fonctionnels (hypo ou hyperthyroïdie) et d'anomalies anatomiques (goitre, nodule').

L'hyperthyroïdie augmente la concentration d'hormone circulante. Les métabolismes sont donc accélérés. Il s'ensuit une asthénie, un amaigrissement, une élévation de la température corporelle (avec thermophobie), des tremblements des extrémités, une tachycardie, des insomnies et une rétraction de la paupière supérieure donnant une exophtalmie (saillie du globe oculaire hors de son orbite).

La confirmation du diagnostic se fait par le dosage de la TSH. En effet, une hypersécrétion de T3 ou de T4, bloque normalement la sécrétion de TSH. Ce dosage reflète mieux la présence d'une hyperthyroïdie que le dosage direct des hormones thyroïdiennes qui peut être modifié par de nombreux facteurs externes. Un taux bas de TSH signe, le plus souvent une hyperthyroïdie.

Le tableau le plus complet d'hyperthyroïdie donne la fameuse maladie de Basedow qui associe les signes cliniques fonctionnels et une augmentation de volume de la glande. Il existe d'autres formes d'hyperthyroïdies, plus rares.

Classiquement, on décrit l'hypothyroïdie comme donnant le tableau de myx'dème. Celui-ci se traduit par un aspect particulier avec visage bouffi et oedèmes des membres, associé aux autres troubles de l'hypothyroïdie : ralentissement du rythme cardiaque, constipation, mains froides, prise de poids' En outre le ralentissement de l'activité intellectuelle et l'arrêt du développement chez l'enfant peuvent faire croire à une débilité. L'hypothyroïdie est rare dorénavant.

Goitre ou nodule ?

Le goitre est une hypertrophie diffuse de l'ensemble de la glande thyroïdienne, généralement bilatérale. Sa prévalence est liée à la carence en iode et il est souvent associé à une hypothyroïdie. La thyroïde normale est à peine palpable, le goitre est ainsi facile à diagnostiquer par la palpation, le médecin se plaçant derrière le patient assis. Le diagnostic de goitre doit déclencher un bilan biologique hormonal et une échographie pour préciser sa dimension exacte.

La découverte d'un nodule thyroïdien est toujours anxiogène pour le patient. Les causes en sont variées et, heureusement, le cancer représente moins de 10% des nodules. Un bilan hormonal thyroïdien doit être fait pour évaluer les éventuels retentissements fonctionnels ; le diagnostic étiologique du nodule sera fait par l'échographie ou la scintigraphie.

Cette dernière est réalisée avec de l'iode radioactif 123 et elle permet de tracer une cartographie des zones de fixation de l'iode. Un nodule sécrétant apparaîtra comme une tâche foncée et sera dit chaud par le scintigraphiste (hyperfixation d'iode) et toxique par l'endocrinologue (hypersécrétion).

 

La catastrophe de Tchernobyl a-t-elle augmenté la pathologie thyroïdienne ?

A proximité des lieux de l'explosion, certainement. L'augmentation de la prévalence des cancers de la thyroïde est là pour en témoigner. Il faut savoir que l'iode radioactif est l'un des déchets des centrales nucléaires. Son absorption en grande quantité peut alors, à cause de la concentration thyroïdienne, provoquer un cancer de ce tissu. La façon de prévenir ce cancer, dans le cas de contamination nucléaire, est de « bloquer » la thyroïde le plus tôt possible, en absorbant des comprimés d'iode stable.

En France, les choses sont peu claires et à défaut d'une information transparente de la part des autorités, de nombreux patients atteints de maladies de la thyroïde accusent Tchernobyl de leur état.

L'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) reconnaît une contamination nationale comparable à celle de nos voisins européens. Mais il ne relie pas l'augmentation des cas de cancers de la thyroïde à cet événement, pour trois raisons : 1) la constatation de cette augmentation avant Tchernobyl, 2) l'absence de corrélation entre prévalence des cas et intensité géographique de la contamination et 3) l'observation d'un phénomène semblable aux USA, non touchés par les retombées. Les discussions entre spécialistes se poursuivent, pour approfondir le dossier.

Tchernobyl n'est certes pas une expérience à répéter, mais elle apparaît, pour les Français, comme moins inquiétante que le tabac qui augmente la fréquence et l'intensité des dysthyroïdies et des goitres, chez les fumeuses et leurs enfants !

 

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