Environnement et cancer


VPVC116 – –

Environnement et cancer

 

""

On sait maintenant que l'environnement peut être à l'origine de quelques cancers. Au-delà des craintes généralisées, souvent infondées formulées par certains, il convient de séparer le vrai du faux. Que sait-on vraiment ?

Evoquer l'environnement est chose aisée. Définir cette notion est plus complexe. Pour preuve, les différents organismes qui se sont saisis du problème ont des approches différentes et, évidemment, des conclusions parfois divergentes. Il convient cependant de définir ce concept si l'on veut y voir clair.

Environnement, une notion à géométrie variable

L'AFSSET (Agence Française de Sécurité Sanitaire et de l'Environnement) limite la notion d'environnement aux expositions à des agents physiques, biologiques, chimiques présents dans les lieux de vie et de travail, ainsi que les effets des événements météorologiques extrêmes. Cette vision écarte ce qui relève des expositions volontaires et des comportements individuels.

L'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique) opte pour une approche plus réductrice en écartant les risques des facteurs environnementaux liés au travail.

L'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), quant à elle, adopte une vision plus globale, intégrant les différents aspects de la santé humaine, y compris la qualité de la vie qui est déterminée par les facteurs physiques, chimiques, biologiques, sociaux, psychosociaux et esthétiques de notre environnement.

On le voit, chaque définition définit des périmètres différents, il convient donc de bien analyser les résultats présentés et de les comparer en tenant compte de ces divergences. Ceci ne facilite pas la tâche, ni la clarté des débats.

 

ESTIMATIONS DES FACTEURS IMPUTABLES (REVUE DE LA LITTÉRATURE)

Facteurs imputables

Données générales

INVS

OMS

ASSELIN

CIRC

contaminants

environnementaux

présents dans l'air, l'eau, les sols

 

 

7 et 20 %, y compris alimentation et produits industriels.

5 à 10 % approche restreinte (facteurs géophysiques et pollution) :

3 à 9% approche plus large (incluant notamment les comportements alimentaires) : 20%

19 % (12-29 %) Répartition (pays développés) : 16 %(10-34%) des cancers

chez les hommes (hors cancer du poumon), et 13 % (10-23 %) chez les femmes Répartition (pays en voie de développement) :

18% (10-45 %) : homme /

16 % (10-35 %) : femme

1 à 5 % (air, eau)

0,5 % (pollution de l'eau, de l'air

et de l'alimentation).

0,85 % si les effets

de la pollution

de l'air

atmosphérique

sont confirmés

 

Expositions professionnelles

4 %

4 à 8,5 %

 

 

homme : un peu moins de 4 %

des cancers/0,5 % :

femme

infections (virus, bactéries et parasites)

10 %

 

18 %

10 %

 

Afsset janvier 2006

Lettre de l'InVS nov 2003

B.Asselin Institut Curie environnements et cancer : 12 déc 2006

Rapport conjoint 2007 CIRC - Académie nationale de médecine

 

Moins de 20% des cancers

Selon l'InVS (Institut de Veille Sanitaire), 5 à 10 % des cancers seraient liés à des facteurs environnementaux. L'OMS avance le chiffre le plus élevé : 19 %. Pour les cancers liés à des expositions professionnelles, les estimations varient de 4 à 8,5 %. Il ne s'agit que d'une analyse globale. Mais le cancer n'est pas une maladie univoque, chaque type de cancer a sa physiopathologie propre. Il faut en fait analyser les liens entre types de cancers et types d'exposition.

 

Les liens entre certaines expositions et des cancers sont-ils établis ?


Les liens de causalité avec certains agents sont de plus en plus nets.

Le radon serait responsable d'environ 13 % des cancers du poumon. Une dioxine (2, 3, 7,8 TCDD) est reconnue cancérigène pour l'homme par le CIRC.

Les rayonnements solaires et UV artificiels sont mis en cause dans l'augmentation de l'incidence des mélanomes et certains pesticides dans l'augmentation des tumeurs cérébrales.

En ce qui concerne les champs d'extrême basse fréquence (ELF), ils ont été classés comme possiblement cancérogènes pour l'homme par le CIRC. Par contre, pour les champs radiofréquence de faible intensité (téléphones mobiles'), il n'a pas été démontré en l'état actuel des connaissances scientifiques que l'exposition à ces agents induise ou favorise l'apparition de cancers.

De même, des cas de leucémie autour d'installations nucléaires ont été rapportés chez l'enfant et le jeune adulte sans que les éléments actuellement disponibles ne permettent de conclure à l'existence d'une augmentation des risques pour ce type de cancer.

 

Que dire des cancers en milieu professionnel ?

Le nombre de cas de cancers du poumon dus à des facteurs professionnels est estimé entre 10 à 20 %. 85 % des mésothéliomes seraient dus à l'amiante.

Pour les cancers de la vessie, des facteurs professionnels divers (amines aromatiques et goudrons de houille) sont impliqués dans 2 à 14 % des cas. 7 à 40 % des cancers naso-sinusiens sont imputables à des produits divers (bois, nickel et chrome) et 5 à 18 % des leucémies au benzène et aux rayonnements ionisants.

 

Ces risques professionnels sont-ils transposables dans la population ?


Certains facteurs reconnus cancérogènes dans le domaine professionnel sont également présents dans l'environnement général et notamment l'amiante, les radiations ionisantes, l'arsenic, le cadmium. Il en est de même pour les pesticides ou les radiations non ionisantes.

A titre d'exemple, une exposition professionnelle aux hydrocarbures augmente le risque d'un cancer du poumon par deux ou trois fois.

Les agents infectieux peuvent-ils induire des cancers ?

Les agents infectieux seraient responsables de 18% des cancers dans le monde, la plupart se produisant dans les pays en développement.

Le virus d'Epstein-Barr est impliqué dans la genèse des lymphomes Hodgkiniens ou non Hodgkiniens, certains types de papillomavirus dans les cancers du col de l'utérus et certains cancers oropharyngés.

Les infections chroniques transmises par les virus des hépatites B et C sont responsables de cancers du foie.

Que sait-on des facteurs et des mécanismes en jeu ?

La susceptibilité génétique individuelle peut moduler les effets de l'environnement. Le rôle du polymorphisme de certains gènes est de mieux en mieux connu.

La prise en compte de facteurs génétiques dans l'étude des associations cancers-environnement permet de plus en plus d'identifier des niveaux de risques différents selon les sous-groupes d'individus exposés.

Après la distinction entre les facteurs héréditaires et les facteurs environnementaux, on s'intéresse actuellement aux interactions entre la susceptibilité génétique et les environnements.

Plutôt qu'uniques, les expositions sont souvent multiples et font intervenir différents types d'agents. En outre, tout contact avec un agent cancérogène ne va pas forcément induire un cancer chez une personne exposée. C'est dire la difficulté de conclure.

 

Mode d'action des agents cancérigènes

Il existe deux types d'agents cancérogènes, les agents initiateurs (génotoxiques) et les promoteurs (non génotoxiques).

Les agents génotoxiques initiateurs agissent directement sur les gènes en initiant la première étape du processus de cancérisation. Il est généralement admis que ces agents induisent des effets sans seuil.

Les agents non génotoxiques n'agissent pas directement sur les gènes mais participent à la seconde étape de la cancérisation en favorisant la prolifération, plus ou moins contrôlée, des cellules mutées. Pour ces substances, il existe un seuil à partir duquel les effets apparaissent.

 

Article rédigé à partir du rapport Cancer et Environnement ' INCa ' disponible sur le site