Médicaments et internet


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Médicaments et internet

 

Comme vous l'avez sans doute lu dans la presse grand public, un projet de loi va être voté à l'Assemblée nationale pour autoriser la vente des médicaments sans ordonnance par internet.

 

« Nous ne sommes plus à un paradoxe près, m'explique mon pharmacien. Tous les jours, les médias nous parlent du danger des médicaments et voilà qu'on lance l'idée qu'on puisse se les procurer par internet. C'est pour le coup, que nous aurions des raisons d'être inquiet. » Après l'affaire Médiator®, toujours en cours, et celle du contraceptif Diane 35®, le cas des statines (médicaments contre l'excès de cholestérol) a été soulevé. Tous ces dossiers montrent combien le médicament n'est pas un produit comme les autres et la Cour de justice de l'Union européenne les distingue substantiellement de toute autre marchandise.

 

Alors, avec l'ordonnance du 19 décembre 2012 et le décret du 21 décembre 2012 qui définissent l'encadrement du commerce électronique de médicaments hors prescription sur internet et la lutte contre la falsification de médicaments, il convient d'être particulièrement vigilant. En France, cette commercialisation en ligne par les pharmaciens, titulaires d'une pharmacie et inscrits à l'Ordre national des pharmaciens, ne concernent que les médicaments non soumis à prescription médicale obligatoire. La liste est néanmoins importante et certains de ces produits ne sont pas sans poser des questions importantes quant à leur utilisation.

« Nous devons prendre garde aux conséquences de ce principe, insiste mon pharmacien. Ainsi, pour garantir la sécurité des clients, nous sommes convaincus qu'il faut garder un contact physique avec le patient. C'est pour cette raison que nous disons oui à  une réservation et que nous disons non à la vente en ligne des médicaments ! »

Le Conseil de l'Ordre des pharmaciens a récemment rappelé que « la vente illégale de médicaments au public via l'internet représente une menace majeure pour la santé publique ». En effet, au sein de l'Union Européenne, l'augmentation du nombre de médicaments falsifiés est alarmante. D'ailleurs, plus de huit Français sur dix déclarent qu'ils ne sont pas prêts à acheter des médicaments sur internet. Ils craignent  en autre de  tomber  sur  des  médicaments  contrefaits !  Rien  d'étonnant  à cela, puisque  plus  de  50%  des  médicaments  vendus  en  ligne  dans  le  monde  sont  des  contrefaçons.

 

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« Je suis certain qu'internet peut rendre de grands services en termes de santé, convient mon pharmacien. Je ne suis pas contre les évolutions utiles. Permettre à mes patients de gagner du temps, d'être mieux informés, d'être rassurés par des indications complémentaires à celles que nous donnons au comptoir, je suis 100 % pour. Mais, ne nous trompons pas de combat. La grande majorité des accidents liés aux médicaments viennent d'une mauvaise utilisation. La vente en ligne ne peut qu'accroître ces problèmes. La dispensation doit s'accompagner de conseils personnalisés et donc se faire à la pharmacie en présence du patient. »

 

Les pharmaciens d'officine sont habilités à délivrer des médicaments aux patients avec ou sans ordonnance. Ne détruisons pas un système qui fonctionne pour des avantages, somme toute, aléatoires. Enfin, n'oublions pas que la pharmacie risque bien d'être le dernier lien social et sanitaire dans certaines régions. Le développement de la vente des médicaments sur internet aura aussi pour conséquences de modifier l'équilibre actuel et donc en réalité d'isoler de nombreuses personnes en termes de santé.

 

Alain Grollaud