La polypathologie devient la norme


VPVC117 – –

La polypathologie devient la norme

 

Parmi les nouveaux problèmes qui se posent aux médecins et aux autorités de santé : la polypathologie. En effet, une proportion de plus en plus forte de patients présente plusieurs pathologies, spécialement chez les personnes âgées. Or, pour des raisons logiques et historiques, la pratique de la médecine se spécialise de plus en plus et se segmente par système et par pathologie. C'est tout l'art du médecin traitant, que l'on appelait autrefois médecin de famille, de savoir suivre et traiter le patient dans son ensemble.

 

Il suffit de discuter autour de soi pour se rendre compte que de très nombreux malades sont atteints de plus d'une affection : du cholestérol et de l'hypertension, des rhumatismes et des troubles oculaires, du diabète et des problèmes de prostate' Ceci explique le parcours un peu erratique de ces patients, chahutés d'un médecin à l'autre, d'un hôpital à une clinique, d'un service hospitalier à un laboratoire. Il est certain que dans ce type de situations, le diagnostic est plus difficile à porter et le traitement plus compliqué. Sans parler que les interférences entre les traitements favorisent l'apparition de nombreux effets indésirables, ce qui constitue un casse-tête supplémentaire pour les thérapeutes.

 

23 % des sujets souffrent d'au moins 2 pathologies'

Un étude menée en Ecosse avec la participation de plus de 300 centres médicaux et portant sur 1,7 million de personnes, soit un tiers de la population écossaise, montre que 42 % de la population présente au moins une des 40 pathologies recherchées et 23,2 % une polypathologie. La prévalence de la polypathologie augmentait avec l'âge : 65 % des sujets de 65 et 84 ans souffraient d'au moins deux affections chroniques, au-delà de 85 ans, cette prévalence atteignait 80 % (en moyenne 3,62).

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le nombre d'affections est plus élevé dans les populations les plus favorisées (de l'ordre de 20 %, si l'on prend les 10% les plus riches par rapport aux 10% les moins favorisés). Ceci est probablement en rapport avec la plus grande facilité d'accès aux soins des populations favorisées.

L'association d'une morbidité psychiatrique avec une morbidité somatique touche 33% des sujets (plus spécialement les femmes et les sujets les moins favorisés).

 

'pour les plus de 70 ans : 93%.

Selon une étude de l'IRDES* (Institut de Recherche et de Documentation en Economie de Santé), la quasi totalité des personnes âgées de 70 ans et plus souffre de polypathologie. 3 % seulement des personnes de cet âge ne déclarent pas de maladie, et 4 % en déclarent 1 seule. Ce sont donc 93 % des personnes de plus de 70 ans qui souffrent de polypathologie, la moitié de ces personnes déclarant au moins 6 maladies.

Chez les personnes âgées de plus de 70 ans, le nombre moyen de maladies prévalentes par personne est de 5,7. Il augmente avec l'âge, passant progressivement de 5,3 entre 70 et 74 ans à 6,1 au-delà de 85 ans. La fréquence des maladies traitées est également élevée, 86 % ont au moins 2 maladies traitées au cours des 12 mois et près de la moitié ont eu un traitement pour au moins 5 maladies.

Pathologie cardiovasculaire et ostéoarticulaire surtout

27 % des maladies des personnes de 70 ans et plus sont des maladies de l'appareil circulatoire. Viennent ensuite les maladies ostéo-articulaires (13 %), les maladies endocriniennes et métaboliques (10 %), les maladies de l'appareil digestif (9 %) et les symptômes et états morbides mal définis (9 %). On retrouve aussi 7 % de maladies de l''il et 4 % de troubles mentaux.

 

Polypathologie et comorbidité

Une des premières voies pour améliorer la prise en charge de ces patients atteints de plusieurs affections est de bien distinguer polypathologie et comorbidité. On appelle comorbidité la présence d'un ou de plusieurs troubles associés à un trouble ou une maladie primaire. Par exemple, on distingue en médecine la dépression de l'anxiété en considérant qu'il s'agit de 2 maladies différentes. Mais elles sont souvent associées et il est difficile de dire qu'un patient dépressif et anxieux présente 2 maladies. Bien évidemment le traitement de sa maladie forme un tout.

De même, un sujet hypertendu qui présente une insuffisance cardiaque ne peut pas être considéré comme présentant deux maladies. En effet l'insuffisance cardiaque est souvent la conséquence (mais pas toujours) de l'HTA. La encore la prise en charge sera globale.

 

Répartition des personnes âgées de plus de 70 ans selon leur nombre de maladies prévalentes

""

 

Pourcentage de maladies traitées selon le nombre total de maladies

 

""

 

Répartition des maladies prévalentes des personnes âgées selon les grands domaines pathologiques


 

""

Taux de prévalence des maladies les plus fréquentes chez les personnes âgées de plus de 70 ans

""

 

 

Repenser la prise en charge autour du médecin traitant

Il est certain qu'il faut reconsidérer la façon dont on envisage la prise en charge de ces patients et de la « décloisonner ». La notion d'équipe pluridisciplinaire prend là tout son sens. Le coordinateur étant incontestablement le médecin traitant. L'habitude de certains patients qui vont voir le cardiologue pour leur c'ur, le gastroentérologue pour l'estomac' sans qu'un médecin ne fasse la coordination de l'ensemble est évidemment mal adaptée et fort heureusement en voie d'extinction depuis la mise en place du médecin traitant. Signalons, par ailleurs, que la médecine générale est maintenant considérée comme une spécialité à part entière. En effet, savoir coordonner les soins et suivre les patients dans leur globalité est une vraie compétence que ne peuvent avoir les spécialistes dont le métier est d'être justement spécialisé.

Il est par ailleurs évident que les recommandations des autorités scientifiques et administratives doivent mieux tenir compte du phénomène polypathologie. Ce qui implique de repenser les objectifs et les sujets de recherches cliniques ou épidémiologiques afin que celles-ci « collent » mieux à la réalité.

* La polypathologie des personnes âgées, quelle prise en charge à domicile ? Irdes

""