Les pathologies du froid


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Les pathologies du froid

L'homme est pratiquement le seul animal capable de s'adapter aux conditions climatiques extrêmes. Néanmoins, le froid constitue une menace réelle pour l'intégrité de l'organisme. Si le grand froid est à l'origine des engelures ou des hypothermies, l'hiver sous notre climat est la période des infections respiratoires.

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Issu d'Afrique, il était normal que l'homme résiste aux climats chauds et humides. Sa conquête des terres du Nord et en particulier du Grand Nord était moins évidente. Ceci a été possible au prix de quelques « réglages » biologiques et de l'usage de protections comme le vêtement ou l'habitat. Serait-ce à dire que la vie dans nos climats tempérés est l'idéal. Peut-être, et il faut bien reconnaître que l'Europe, spécialement la France, offre de ce point de vue des conditions de vie particulièrement agréables pour le corps humain. Néanmoins, l'amplitude des variations climatiques entre l'été et l'hiver oblige à des efforts d'adaptations à l'origine de pathologies spécifiques. Ainsi, l'hiver et la froidure représentent une menace pour les populations défavorisées mais également pour l'ensemble des sujets, surtout s'ils souffrent d'une pathologie chronique.

 

La thermorégulation

Pour réguler les échanges thermiques dans un environnement froid, nous disposons d'abord de protections (vêtements épais et amples, abris chauffés,'), mais aussi de mécanismes physiologiques propres mettant en jeu les systèmes nerveux, endocriniens, cardiaques et respiratoires.

 

Vasoconstriction, hémoconcentration

Quand la température ambiante est suffisamment basse pour entraîner une diminution de la température centrale en dessous de 37°C, on observe une vasoconstriction cutanée qui diminue les échanges thermiques vers l'extérieur et isole les organes profonds (c'ur, cerveau, rein).

La vasoconstriction s'accompagne d'une hypertension artérielle et d'une accélération du rythme cardiaque grâce à l'activation du système nerveux autonome. En conséquence, l'activité cardiaque s'accélère et les besoins du c'ur en oxygène augmentent.

 

Production de chaleur

L'organisme favorise la production de chaleur en augmentant l'activité musculaire (frisson thermique ou activité physique volontaire) et en accélérant son métabolisme par la mise en jeu du système endocrinien : hormones thyroïdiennes, adrénaline, glucocorticoïdes, glucagon,'

 

L'hypothermie

L'hypothermie survient lorsque les capacités de la thermogenèse sont dépassées. On parle d'hypothermie à partir d'une température corporelle inférieure à 35°C. Mais on observe des hypothermies sévères à 28°C.

« Les symptômes précurseurs de l'hypothermie chez les adultes sont la confusion, la perte de mémoire, la somnolence, la fatigue, la difficulté de mouvement et de langage. Chez les enfants, les symptômes se traduisent par une rougeur, une peau froide et une apathie ».

La consommation d'alcool ou de drogue, la démence (incapacité à se protéger) sont des facteurs aggravants. En dehors des situations accidentelles de montagne, l'hypothermie se rencontre surtout en ville chez les sans abris. Mais il ne faut pas négliger le risque chez les personnes âgées, par manque de chauffage.

 

Les gelures

Le premier degré est celui de l'engelure : érythème (simple rougeur permanente de la peau). Certains individus y sont plus particulièrement sensibles lorsqu'ils sont atteints de troubles vasomoteurs. Au deuxième degré, il y a apparition de phlyctène : vésicules et bulles à liquide clair. Pour ces deux stades, la guérison se fait sans séquelles.

Mais les lésions peuvent être plus profondes avec nécrose d'abord limitée au derme dans un premier temps, puis nécrose profonde pouvant aboutir à une mutilation.

Les autorités sanitaires rappellent le danger lié à l'utilisation de porte-bébé installé sur la poitrine ou le dos, durant les promenades longues en hiver, lesquelles augmentent les risques d'engelures des jambes et des pieds.

 

L'intoxication au monoxyde de carbone

Les intoxications par le monoxyde de carbone sont l'une des premières causes de mortalité par toxique en France. Malgré les campagnes, le nombre des intoxications reste important : plus de 4 500 cas avec presque une centaine de décès par an. Les intoxications accidentelles sont principalement générées par des installations de chauffage ou de production d'eau chaude non conformes, vétustes, mal entretenues, ou utilisées de façon inappropriée. La période la plus critique est évidemment de novembre à février.

« Les signes cliniques ne sont pas spécifiques : maux de tête, vertiges, malaises, nausées, dyspnées, troubles de la vision, de l'odorat ou du goût, troubles du sommeil, de la mémoire, de l'attention, douleurs thoraciques, abdominales, musculaires peuvent être rencontrés à des fréquences variables. » Ce tableau ressemble beaucoup à celui d'un syndrome grippal, d'où le risque fréquent de faux diagnostic, spécialement chez les personnes âgées et les très jeunes enfants. Un avis médical est toujours nécessaire.

 

Maladies infectieuses respiratoires

Plusieurs mécanismes ont été invoqués pour expliquer l'augmentation de la pathologie respiratoire durant l'hiver. Le froid pourrait diminuer la résistance immunitaire face aux maladies respiratoires infectieuses. La faible humidité pourrait dessécher les muqueuses et donc réduire leur résistance à l'infection. La pollution atmosphérique constitue un facteur de risque supplémentaire. Par ailleurs, l'inhalation d'air froid déclenche une bronchoconstriction, gêne à la circulation bronchique.

Les otites, les gastro-entérites, les pharyngites surviennent plus fréquemment en hiver, notamment chez les nourrissons et les enfants jeunes. Selon le ministère de la Santé, « il semble aussi exister une forte corrélation entre la baisse de température et la mortalité par grippes et bronchites aiguës et chroniques. Les personnes âgées de plus de 60 ans sont plus à risque. Les mois hivernaux où l'humidité est faible et où il y a peu de mouvement d'air dans les constructions chauffées sont propices à la propagation de maladies respiratoires infectieuses. »

Et c'est tout spécialement la grippe qui contribue à l'excès de mortalité hivernale des personnes à risque. A contrario, bien que l'inhalation d'air froid soit un facteur déclenchant de crises d'asthme, il semble que le froid ne soit pas un facteur de risque majeur pour les asthmatiques. Chez ces patients, le risque vient surtout des infections bronchiques virales.

 

Froid et maladies chroniques

La morbidité durant l'hiver est marquée également par une augmentation des pathologies cardio-vasculaires et des infections pulmonaires, particulièrement chez les personnes âgées. Les patients chroniques ou âgés doivent être suivis régulièrement en hiver.

 

La mortalité

Les décès par hypothermie sont peu nombreux en France. Ils concernent principalement les pathologies pouvant s'aggraver au froid : cardiopathies ischémiques, accidents vasculaires cérébraux et infections respiratoires. Celles-ci expliquent l'essentiel de la surmortalité observée en hiver. Approximativement, la moitié de la surmortalité hivernale est attribuable à la thrombose coronaire.

En chiffre absolu, le froid est plus meurtrier que la chaleur. Cependant, de nombreuses études mettent en évidence l'existence de surmortalité aux deux extrémités de la courbe des températures, avec un effet plus accentué du côté des températures élevées que du côté froid.

L'intervalle entre une vague de froid et le retentissement sur la mortalité cardiovasculaire est de à 7 à 14 jours et de à 15 à 30 jours pour la mortalité respiratoire.

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