Les campagnes antitabac sont elles efficaces ?


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Les campagnes antitabac sont elles efficaces ?

Le caractère nocif de la consommation de tabac est établi depuis longtemps. Malgré cette évidence, soutenue par le constat de près de 30 000 décès par cancer du poumon par an en France, sans compter les décès pour causes cardiovasculaires, la consommation est toujours soutenue. D'où les campagnes antitabac.

 

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Pourquoi faut-il vérifier l'efficacité des campagnes antitabac ?

Le tabac est l'un des principaux fléaux de santé publique. Rappelons qu'un fumeur sur deux mourra d'une pathologie liée au tabac. Comme il s'agit d'une addiction, l'individu, même manifestant la volonté d'arrêter, est souvent désarmé. D'où les campagnes de sensibilisation lancées par les autorités et les aides au sevrage mises à disposition et financées par la collectivité. Cette dernière y consacre beaucoup de moyens financiers et humains. Et individuellement, de nombreux fumeurs conscients du danger investissent de leur temps et de leur argent en outils d'aide au sevrage.
Il apparaît donc légitime de vérifier le bien fondé de ces investissements et de leurs résultats sur la santé publique. L'une des règles de la médecine moderne est de vérifier en permanence la pertinence de son action.

Existe-t-il des études françaises sur le sujet ?

Malheureusement peu d'études portent sur la France. Mais les enseignements des pays anglo-saxons qui ont développé une politique antitabac plus précocement que nous sont très instructifs. Ainsi, l'Irdes (Institut de Recherche et Documentation en économie de Santé) a mené en 2012 une étude sur la population des jeunes français. À partir de ces résultats, l'Irdes a élargi l'analyse à toutes les grandes études significatives disponibles dans le monde (plus de 70) et en propose une synthèse.

Le suivi médical est-il efficace pour arrêter de fumer ?

D'une façon globale, la façon la plus efficace d'arrêter de fumer est de se faire accompagner par un professionnel de santé.
Quand on fait la comparaison entre une prise en charge médicale (consultations) et pas de prise en charge du tout, la conclusion est claire : la prise en charge médicale est nettement plus efficace. Toutes les études concluent dans ce sens.
Toute intervention, quel que soit le type de professionnel (médecin, psychologue,'), augmente la probabilité d'arrêt du tabac à six mois de plus de 75 %. Ceci montre qu'une prise en charge de l'ensemble du contexte médical du sujet est essentielle.

Quel est l'intérêt des substituts ?

Certaines études sont intéressantes : elles comparent les résultats portant sur l'intervention de différents professionnels en y ajoutant la dimension « combinaison avec les substituts nicotiniques ».
L'efficacité de l'intervention de ces professionnels est nettement augmentée lorsque ceux-ci recourent aux substituts en plus de leur consultation. En particulier, les consultations des psychologues et des conseillers antitabac renforcées par les substituts sont trois fois plus efficaces quant à l'arrêt du tabac par rapport à l'absence de prise en charge. Il semble en outre que l'efficacité maximale est atteinte par les professionnels formés à ces pratiques (des centres antitabac par exemple), spécialement lorsqu'ils mettent en place un plan de sevrage avec des objectifs datés.
Il faut être prudent pour extrapoler ces résultats à la France car seuls les médecins peuvent prescrire des substituts et il n'existe pas réellement de « conseiller antitabac », même si des consultations spécialisées avec médecins, psychologues et infirmiers sont maintenant proposées un peu partout en France.

Les thérapies de groupe sont-elles efficaces ?

Les entretiens « motivationnels » sont efficaces, montrant des taux d'augmentation de la réussite de l'arrêt compris entre 30 % et 80
% comparés à l'absence d'intervention. Une analyse des thérapies de groupe montre une augmentation de la réussite du décrochage de 100 % par rapport à l'auto-assistance, ce qui confirme le rôle des professionnels en direct.
Que dire des programmes sur ordinateur ou smartphone ?
Les interventions utilisant Internet ou des téléphones portables sont toutes efficaces, même à horizon lointain (plus d'un an). Par contre, les ratios de succès comparés à l'absence d'intervention sont inférieurs à ceux obtenus avec les professionnels (entre +20 % et +50 %).
Une analyse des résultats obtenus avec l'assistance par ordinateur, la nutrition, l'exercice physique, montre un effet statistiquement et cliniquement significatif de ces interventions avec cependant une diminution progressive de l'effet dans le temps après la fin de l'intervention. Les interventions qui s'adaptent au fur et à mesure de la progression du sujet résistent mieux que celles « calibrées » une fois pour toutes.

Que penser de la cigarette électronique ?

Les autorités sanitaires recommandent de ne pas consommer de cigarette électronique car celle-ci contient de la nicotine. Oui, mais les praticiens font remarquer que la consommation de nicotine est bien moindre qu'avec une cigarette normale et qu'il n'y a pas de goudron, donc au moins peu de risque de cancer du poumon. Ils observent également que certains sujets ont réussi ainsi à se sevrer.
En l'absence d'études menées à propos de la cigarette électronique, il faut faire appel au bon sens. D'abord les autorités ont raison de dire qu'il ne faut pas fumer, y compris au moyen de la cigarette électronique (risques cardiaques et de dépendance) et surtout que celle-ci ne doit pas être une voie d'entrée dans le tabagisme. À déconseiller formellement aux ados. Par contre, pour les fumeurs, l'observation montre qu'il s'agit d'un moyen pouvant aider à l'arrêt du tabac, qui sera d'autant plus efficace qu'il s'inscrira dans un plan de sevrage encadré par un professionnel de santé.

L'augmentation du prix du tabac est-elle efficace à long terme ?

Il apparaît que l'élasticité-prix se vérifie. Ainsi, une hausse de 1 % du prix final (soit en France une augmentation de la taxe de 1,25 % si les producteurs répercutent intégralement la hausse de taxe dans leurs prix) diminuerait la consommation de cigarettes d'au moins 0,5 % et peut-être davantage chez les adolescents.
Mais on ne sait pas dire si la diminution portera plus sur une baisse de la marge de la consommation journalière des fumeurs ou sur un arrêt total et définitif de 0,5 % du stock de fumeurs. De plus, la hausse de taxe doit être suffisamment forte pour compenser l'effet des hausses de revenus.
Les études constatent un effet important des taxes sur les adolescents et les jeunes adultes, mais les études sur les données individuelles sont plus nombreuses à ne pas trouver d'effet du prix sur l'initiation ou le sevrage des jeunes. Malgré ces résultats discordants, l'augmentation du prix doit au moins jouer un rôle dans la prise de conscience et donc sur les tentatives d'arrêt.

Le prix est-il un frein à l'initiation ?

Une série d'études antérieures à 2000 constatait que les adolescents ou les jeunes adultes étaient encore plus sensibles aux prix que les adultes. D'autre part, les adolescents étant des fumeurs débutants, ils ne sont pas encore dépendants ou pour des non-fumeurs qui hésitent à commencer, les variations de prix ont plus d'impact que pour des fumeurs endurcis.
Depuis, de nouvelles études ont mis en évidence un effet prix important sur le tabagisme adolescent, surtout s'il était associé à une forte « réprobation » du milieu de vie de l'adolescent. Mais globalement, les augmentations de prix seules ne paraissent pas très efficaces sur la baisse de l'initiation.
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