Mon pharmacien en grève


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Mon pharmacien en grève

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Le mardi 30 septembre 2014, 98 % des pharmacies ont fait grève. Il faut remonter vingt cinq ans en arrière pour voir la profession dans son ensemble, des étudiants en pharmacie aux titulaires d'officine, manifester autant son inquiétude face à l'avenir et aux propositions parfois désastreuses des pouvoirs publics.


Quelques jours après la journée nationale de grève des pharmaciens, je croise mon pharmacien. C'est l'occasion de l'interroger sur les raisons fondamentales de ce mouvement extrêmement suivi. « Depuis toujours, notre profession jouit d'une bonne image, m'explique-t-il. Les officinaux sont considérés comme d'excellents professionnels de santé et localement, le choix de son pharmacien repose sur la confiance et la compétence. Pour autant, le grand public n'a pas toujours conscience des inquiétudes que nous pouvons ressentir quant à notre avenir et à celui de nos clients-patients. » Je lui fais remarquer qu'aujourd'hui, bon nombre de nos concitoyens rencontrent de réelles difficultés et qu'effectivement, le sentiment généralement partagé est de penser qu'il y a des personnes plus à plaindre que le pharmacien.« Vous avez raison, répond-t-il, la crise touche un grand nombre, je suis bien placé pour le savoir étant au contact quotidien des gens. Ils sont beaucoup à se confier à l'officine, nous représentons souvent pour eux un lien social important. »


« Justement, j'ai lu dans la presse, qu'une pharmacie ferme tous les trois jours et qu'une de vos préoccupations tient à une possible désertification comparable à celle des médecins. » « La proximité et l'accès sans aucun rendez-vous dans nos pharmacies constituent une particularité unique en matière de santé, répond mon pharmacien. Je trouve légitime ce service, encore faut-il que le pharmacien puisse continuer à le remplir grâce à une économie adaptée. »Me reviennent alors à l'esprit les revendications de la grande distribution et de Monsieur Leclerc en particulier, préconisant de passer les médicaments sans ordonnance dans leurs rayons. « Prenons garde qu'en privant la pharmacie d'une partie de ses revenus, cela débouche sur la disparition de certaines officines et en particulier en milieu rural où bien souvent, la pharmacie demeure le seul point de santé, souligne mon pharmacien. De plus, n'oublions pas que le prix du médicament en France est l'un plus bas d'Europe ! »


Si je m'en réfère aux récentes déclarations du Conseil de l'Ordre des pharmaciens, non seulement le médicament n'est pas un produit comme les autres mais, on voit mal les grandes surfaces assurer une mission de service public et faire face contre le mésusage des médicaments ! « Nous avons depuis toujours montré combien nous sommes capables d'évoluer pour le bien de nos patients, remarque mon pharmacien, tiers-payant, avance des frais, disponibilité, actions pour le générique, dossier pharmaceutique : les exemples ne manquent pas. Tous les sondages le montrent bien, les Français veulent un pharmacien près de chez eux, la sécurité sur les médicaments et un juste prix, nous n'avons pas d'autres ambitions que de les satisfaire sur ces points ».


A l'image de mon pharmacien, toute la profession s'est mobilisée parce qu'il y va de la sécurité des patients. Le passage des médicaments dans la grande distribution a été tenté dans d'autres pays. Aux Etats-Unis, la plupart des accidents médicamenteux relève d'une surconsommation sans conseil associé. De plus, comme il faut financer une publicité outrancière de la part des laboratoires, les prix pratiqués outre atlantique s'avèrent bien supérieurs aux nôtres. La Suède quant à elle fait marche arrière, les autorités ont décidé de revenir sur la vente libre du paracétamol qui, à partir du 1er mars 2015, ne sera plus commercialisé en dehors des officines. Maintenir une officine libérale et indépendante constitue la seule solution pour conserver un vrai service de proximité.

Alain Grollaud

 

Photo Atelier Presse Média

 

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