L'observance


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L'observance


Lorsque le médecin prescrit un traitement, le malade le suit plus ou moins. C'est ce qu'on nomme l'observance, c'est-à-dire le fait que le patient prend bien ses médicaments, selon la posologie recommandée et pendant toute la durée demandée par le médecin.  Or, s'il est fondamental de suivre à la lettre les recommandations du praticien, force est de constater que, bien trop souvent, le malade ne respecte pas l'ordonnance.

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Une étude récente, réalisée par IMS Health sur 170?000 personnes dans 6?400 pharmacies, montre que l'observance des patients chroniques est en moyenne seulement de 40 %. Cette analyse corrobore les informations de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) qui constate que près de 50 % des traitements prescrits dans le monde sont peu ou mal suivis par les patients. Or, si cette mauvaise observance risque logiquement d'avoir des conséquences négatives sur la santé du malade, elle entraîne aussi des répercussions non négligeables en termes de coût économique. Comme me le dit mon pharmacien, son rôle consiste aussi à faire prendre conscience de tout cela à ses patients :  « nous expliquons bien le nombre de comprimés à prendre ainsi que la durée du traitement mais, nous ne sommes pas à la maison pour surveiller que ces prescriptions sont bien respectées. Or, certains malades ont une fâcheuse tendance à arrêter le traitement avant la fin ou à diminuer les doses. » Pour lui, les raisons sont assez simples quand il s'agit de maladies aiguës. «  En fait, le patient se sent mieux et pense qu'il ne sert à rien de continuer à prendre ses médicaments.

Dans son esprit, il est guéri ! Mais, c'est une erreur. »Le dosage et la durée d'un traitement ne sont pas déterminés au hasard. Ils tiennent compte de la pathologie et des connaissances sur l'efficacité du médicament. Plus gênant, il est prouvé que parfois, suite à l'interruption, la maladie peut reprendre encore plus forte qu'avant. On connaît le phénomène de résistance aux antibiotiques. Ceux-ci s'avèrent moins efficaces au fur et à mesure de leur utilisation et leur emploi à mauvais escient contribue aussi à ce résultat. « Le plus surprenant, m'explique mon pharmacien, est que nous observons également une mauvaise observance chez les malades chroniques. Je pense que les raisons en sont différentes mais encore plus problématiques. Un asthmatique, un hypertendu, un diabétique qui ne prend pas correctement son traitement prend de gros risques avec sa santé. Pourtant, c'est bien ce que l'on voit de temps en temps. »L'étude déjà citée a analysé six pathologies chroniques. Les résultats sur le diabète de type 2, l'hypertension artérielle, l'asthme, l'hypercholestérolémie, l'ostéoporose et l'insuffisance cardiaque sont loin d'être brillants.  Les asthmatiques sont les moins observants, seulement 13 % d'entre eux suivent correctement leur traitement de fond. Les patients souffrant d'insuffisance cardiaque sont observants à 36 %, les diabétiques de type 2 à 37 %, les hypertendus  à 40 % et les patients souffrant d'hypercholestérolémie à 44 %. Seule l'ostéoporose affiche un taux d'observance supérieur à un patient sur deux (52 %).« De plus, précise mon pharmacien, la non observance provoque des surcoûts liés aux complications évitables grâce à une bonne observance (estimés à 9,3 milliards d'euros par an, ce qui correspond à 60 % du déficit de l'Assurance maladie en 2014 !). Il convient donc d'agir pour lutter contre ce phénomène. »Le pharmacien est bien placé pour encore mieux informer les patients sur leur maladie et leur traitement. Son action va s'accentuer dans ce sens à travers les Entretiens Pharmaceutiques notamment. Il convient aussi de mettre à disposition des professionnels de santé des outils faciles à utiliser en consultation, en conseil (questionnaires, check lists systématiques) ou à distance (sms , courrier électronique, plateformes téléphoniques, par exemple). « Pour moi, conclut mon pharmacien, l'observance une grande cause nationale pour laquelle nous devons tous nous mobiliser ».

Alain Grollaud

 


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