Le dépistage du cancer de la prostate


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Le dépistage du cancer de la prostate


Le cancer de la prostate est le premier cancer chez l'homme. Etant donné sa fréquence et ses conséquences, deux questions se posent. D'abord, faut-il le dépister et comment, enfin que proposer ensuite aux patients ? Questions difficiles, pour lesquelles la Haute Autorité de Santé (HAS) apporte des réponses nuancées.

Quelle est la fréquence de cette affection ?

Le cancer de la prostate se situe au premier rang des cancers chez l'homme. Actuellement, un homme sur huit a un risque de découverte d'un cancer de la prostate au cours de sa vie. Ce cancer représente 25 % de l'ensemble des nouveaux cas de cancers masculins.


Quelle est son importance du point de vue de la santé publique ?

Le cancer de la prostate est devenu la deuxième cause de mortalité par cancer chez l'homme (plus de 10 000 décès par an). Son incidence a très fortement augmenté ces vingt dernières années. Deux explications possibles : l'augmentation de la durée de vie (ce qui laisse le temps au cancer pour apparaître) et la généralisation du dépistage, laquelle fait émerger plus tôt des cas qui se seraient révélés plus tard.



Quel est le pronostic du cancer de la prostate ?

Le cancer de la prostate évolue habituellement lentement chez de nombreux sujets âgés et peut se développer longtemps sans symptôme. De nombreux hommes âgés décèdent d'une autre cause alors qu'ils sont porteurs d'un cancer de la prostate.Pour le cancer de la prostate diagnostiqué, la survie à 5 ans a été estimée à 77 % (à titre indicatif, 55 % pour le cancer du colon et 12 % pour celui du poumon).
Selon les données américaines du programme Seer (Surveillance Epidemiology and End Results), les taux de survie à 5 ans pour les patients diagnostiqués en 1999-2005 sont de 100 % pour le stade local ou stade régional (envahissement ganglionnaire) contre 30,6 % pour le stade métastasique.Ceci milite donc pour un diagnostic le plus précoce possible.

La mortalité diminue-t-elle ?

Clairement oui. Si le taux d'incidence a augmenté de façon importante, le taux de mortalité a diminué. Selon l'INCa (Institut du Cancer) sur la situation du cancer en France, la diminution de la mortalité par cancer de la prostate est liée aux progrès thérapeutiques et aux nouvelles approches de prise en charge.

Existe-t-il un risque familial'

Le risque pour un homme de développer un cancer de la prostate est d'autant plus élevé que le nombre de parents proches ayant eu ce cancer est élevé et que ces cancers ont été détectés avant l'âge de 65 ans. On distingue la forme héréditaire (familles avec au moins 3 cas de cancer de la prostate chez des parents du premier ou du deuxième degré ou 2 cas précoces avant 55 ans) et la forme familiale (familles avec 2 cas). Le risque de développer un cancer de la prostate est multiplié par 10 en cas de forme héréditaire (par 5, en cas de forme familiale).

' et un risque ethnique ?

Les hommes d'origine africaine, notamment en France ceux d'origine antillaise, ont une incidence deux fois plus élevée que celle de la population d'origine métropolitaine.

Quel est l'objectif du dépistage ?

Le dépistage du cancer de la prostate a pour objectif la détection du cancer prostatique à un stade précoce et asymptomatique. Plus le diagnostic du cancer est précoce, plus les chances de guérison du patient sont élevées.Le dépistage se fait par le toucher rectal et par le dosage du PSA.

Pourquoi faire régulièrement pratiquer un toucher rectal ?

D'un point de vue clinique, le toucher rectal est le geste de base car il permet de découvrir une augmentation du volume de la prostate, même à un stade où il n'y a pas de symptôme ressenti par le patient. De plus, environ 10 % des cancers de prostate sont révélés par cet examen clinique alors que la valeur du PSA est normale.

Qu'est-ce que le PSA ?

La prostate fabrique une protéine appelée antigène prostatique spécifique, Prostate Specific Antigen, en anglais, d'où l'abréviation PSA.Le PSA est un marqueur de l'activité de la prostate indiquant qu'elle fonctionne. Il est dosé sur un échantillon de sang. On distingue 2 principales formes de PSA : le PSA lié et le PSA libre. Le PSA total est la somme de ces deux composantes. 

Pourquoi doser le PSA ?

Le PSA agit comme un marqueur tumoral, c'est-à-dire que sa présence en quantité plus grande que la normale peut signaler la présence d'un cancer. Mais attention, une valeur élevée du PSA ne veut pas nécessairement dire qu'un homme est atteint d'un cancer de la prostate. C'est la raison pour laquelle ce n'est pas le seul examen utilisé pour diagnostiquer un cancer de la prostate.En particulier, une valeur du PSA peut être temporairement élevée en raison d'une inflammation de la prostate (prostatite) ou à la suite d'un toucher rectal ou d'une échographie endorectale.À l'opposé, certains médicaments réduisent de moitié la valeur du PSA. Il faut donc informer le médecin de la prise de tout traitement.

Quelle est la valeur normale du PSA ?

La valeur seuil de normalité du PSA la plus souvent retenue est de 4 ng/ml (elle dépend de la technique du test utilisé). Néanmoins, il n'y a pas de valeur seuil du PSA en deçà de laquelle il n'y a aucun risque de cancer. Par ailleurs, il est plus important de savoir si la valeur du PSA d'un homme augmente ou diminue que de connaître la valeur elle-même. Que faire face à un PSA élevé ?Une biopsie peut être réalisée si la valeur du PSA est supérieure à la normale ou si elle s'élève régulièrement lors de plusieurs contrôles successifs. Elle renseignera sur la présence ou non d'un cancer.

Quelle stratégie de dépistage proposent les urologues ?

L'Association française d'urologie recommande le dépistage du cancer de la prostate par le dosage systématique du PSA (antigène prostatique spécifique) et un toucher rectal tous les ans entre 50 et 75 ans et dès 45 ans s'il existe un risque familial ou ethnique (origine africaine ou antillaise). Si le PSA total est au-dessus de la valeur normale du test ou si le toucher rectal est anormal, une consultation auprès d'un urologue est recommandée.Ces recommandations reposent sur les résultats de nombreuses études épidémiologiques qui ont montré que le dépistage permettrait la réduction de la mortalité liée au cancer de la prostate et qu'un cancer de la prostate diagnostiqué avant 65 ans tue trois fois sur quatre s'il n'est pas traité.

Et la HAS ?

La HAS a pris une position très en retrait par rapport aux cliniciens concernant l'utilité du dépistage systématique.Elle recommande de pratiquer un dépistage individuel ciblé sur les patients à risque, car le bénéfice du dépistage systématique n'est pas patent. En effet, on ne dispose pas de test permettant d'identifier précocement les formes de cancer de la prostate qui ont un risque d'évoluer de manière défavorable. Il n'est donc pas établi que chez un patient donné le traitement sera utile, alors que celui-ci peut induire des séquelles (incontinence ou impuissance). De plus, selon la HAS, la diminution de la mortalité que le dépistage systématique est supposé induire n'est pas démontrée.Au total, la caisse de sécurité sociale se basant sur la HAS recommande d'en parler avec son médecin traitant et de suivre la stratégie adaptée à la situation de chaque patient.

 

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