De la fragilité à la perte d'autonomie


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De la fragilité à la perte d'autonomie

 

Les projections démographiques pour les décennies à venir convergent toutes vers la même conclusion : les plus de 75 ans seront de plus en plus nombreux et le problème de la dépendance va être au premier rang des préoccupations sociales et familiales. Problème financier et politique, mais surtout problème humain et médical. Et problème d'aujourd'hui car tous les professionnels de santé et les familles ont chaque jour déjà à gérer des situations difficiles. Explications.

 

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L'allongement de la durée de la vie, l'effet générationnel des baby-boomers et l'évolution de la santé des populations vieillissantes constituent l'un des problèmes majeurs des décennies à venir. La mise en 'uvre d'un financement pérenne de la dépendance a été à l'ordre du jour, avant d'être abandonné en raison des difficultés de la crise économique. Ce problème, mondial par ailleurs, n'a pas disparu pour autant.

 

Dépendance, perte d'autonomie ou dégradation de la vie courante

La perte d'autonomie peut être définie de la façon suivante : c'est l'incapacité pour une personne d'effectuer par elle-même certains actes de la vie courante. On l'appelle aussi dépendance.

Elle varie en intensité et en nature selon les individus et dans le temps : par exemple, certaines personnes seront dites en situation de perte d'autonomie parce qu'elles ne peuvent plus se lever toutes seules tandis que chez d'autres, la perte d'autonomie se manifestera par des difficultés de mémoire. Elle suppose une prise en charge quasi de tous les instants, le plus souvent en établissements spécialisés , et fait généralement suite à une perte partielle et progressive de l'autonomie.

On estime à 1,2 million le nombre de personnes âgées de plus de 60 ans qui sont en situation de perte d'autonomie. Ce chiffre correspond aux personnes bénéficiant de l'allocation personnalisée d'autonomie (Apa). Parmi les personnes dépendantes, on évalue à 40 % celles souffrant de démence sénile type Alzheimer.

Après 80 ans, 28 % des personnes âgées sont en déficit d'autonomie au domicile pour certaines activités de la vie quotidienne, 5 % sont très dépendantes, 72 % ont besoin d'aide pour les tâches domestiques et 11 % n'ont ni sorties, ni relations, ni contacts téléphoniques avec un tiers (moins d'une visite par semaine). La perte d'autonomie du sujet âgé peut être physique, psychique, fonctionnelle ou sociale.

La famille, et plus généralement l'entourage jouant évidement un rôle majeur dans le soutien à ces personnes, c'est en fait un très grand nombre de sujets qui sont concernés directement ou indirectement par ce problème social. Peut-être même une dizaine de millions.

 

Le stade précoce de fragilité

Avant le stade de la perte d'autonomie partielle ou totale, nombre de sujets vont être considérés comme « fragiles ». Ce concept de « fragilité » a d'abord été élaboré par les gériatres pour désigner un état précurseur de la dépendance fonctionnelle. Loin d'être une subtilité de spécialistes, il est particulièrement utile dans le cadre d'une prise en charge de personnes vieillissantes. Ce diagnostic permet de mettre en place une prévention efficace, en ciblant les populations suffisamment en amont de la dépendance.

Plusieurs approches permettent de repérer les « personnes fragiles ». Le modèle de Fried, le plus opérationnel, repose sur une analyse des changements physiologiques observés chez certaines personnes soit liés au vieillissement, soit provoqués par une sénescence accélérée. On analyse cinq critères d'ordre physiologique : fatigue, diminution de l'appétit, faiblesse musculaire, ralentissement de la vitesse de marche, sédentarité. Cette approche va donc au-delà de la simple prise en compte de la présence de maladies chroniques.

Un patient est considéré comme fragile lorsqu'il présente 3 ou plus des 5 critères (perte de poids, faible vitesse de marche, baisse de la force musculaire, épuisement général et diminution de l'activité physique) et comme pré-fragile avec un ou deux critères. On qualifie de « robustes » les sujets n'ayant aucun des critères définis.

Alors que les critères de maladies chroniques et de limitations fonctionnelles sont souvent constatés tardivement, la fragilité décrit des situations précoces et progressives de la perte d'autonomie dont l'évolution peut être réversible. La fragilité permet ainsi d'envisager d'intervenir suffisamment en amont chez certaines personnes pour éviter l'incapacité, en retarder la survenue, ou en diminuer les conséquences néfastes (aménagement du logement, pratique d'une activité physique, etc.).

 

La fragilité dans la réalité quotidienne

Selon une étude reprise par l'Institut de recherche et documentation en économie de santé (Irdes), déjà dans la population des 50-54 ans et ne déclarant pas de limitation d'activité, le nombre de sujets repérés comme fragiles atteint presque 3 % et les pré-fragiles sont plus de 45 %.

Bien sûr, ces personnes ne sont pas considérées comme malades, mais c'est dans cette population que les pathologies du vieillissement risquent le plus d'apparaitre. Selon une revue des études menées sur le sujet, les patients fragiles ont un risque de chutes, de perte de mobilité, de perte d'autonomie, d'hospitalisation et de décès très significativement plus élevé que les sujets qualifiés de robustes.

Le taux de mortalité chez ces personnes considérées comme fragiles est significativement plus élevé à 3 ans (18 % contre 3 %) et 7 ans (43 % contre 12 %) par rapport aux personnes robustes.

Ce constat incite à être attentif à tous ces signes de fragilités et à aider les sujets concernés à adapter leur mode de vie (voir encadré) afin de retarder le plus possible le stade de la perte d'autonomie.

 

 

 

Prévenir la perte d'autonomie

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Veiller à son alimentation

Il a été prouvé qu'une alimentation équilibrée ralentissait les effets du vieillissement, non seulement physique mais aussi mental, et pouvait contribuer à la prévention de maladies pouvant entraîner la dépendance. Rappelons donc le principe de base : 5 fruits ou légumes de saison par jour, alimentation variée. Attention, les seniors sont souvent en déficit de protéines.

Conserver une activité physique

L'activité physique, même modérée, permet d'entretenir le capital musculaire et le bon fonctionnement des articulations : la meilleure façon de garder son autonomie. Il est maintenant bien établi qu'en plus l'activité physique augmente l'oxygénation du cerveau, ce qui a pour avantage de maintenir les capacités intellectuelles.

Développer les liens sociaux

Les liens sociaux sont souvent perturbés avec le passage à la retraite : perte des collègues, sentiment d'inutilité, déménagement, décès du conjoint... Il est prouvé que les sujets ayant de nombreuses activités sociales, quelle qu'en soit la forme (association, voyages, invitation entre amis, club et aussi aide à la famille'), conservent plus longtemps que les autres leur autonomie.

Insistons sur les relations intergénérationnelles, essentielles dans une société équilibrée, car elles assurent la transmission des savoirs et de l'expérience et renforcent le sentiment d'utilité.

Stimuler ses neurones

Le cerveau est un organe qui fonctionne d'autant mieux que l'on s'en sert. Il est faux de dire que la perte des capacités intellectuelles est inéluctable. On sait maintenant que le cerveau est en remaniement permanent : il se crée tous les jours de nouvelles connexions entre les cellules du cerveau. Une bonne règle : multiplier des activités intellectuelles variées : lecture, mots croisés, cinéma, conversations, participation à la gestion d'association'

 

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Photos AFL/PHOVOIR