Les troubles fonctionnels intestinaux


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Les troubles fonctionnels intestinaux


Affection intestinale « gâchant » la vie de très nombreux sujets, les troubles fonctionnels intestinaux restent un mystère sur le plan physiopathologique. À la difficulté diagnostique s'ajoute, en plus, une inconstance dans l'efficacité des thérapeutiques. Il ne faut cependant pas désespérer, la diversité des traitements fait que chaque sujet peut être soulagé efficacement. Tour d'horizon.

 

 

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Qu'est-ce que l'on appelle troubles fonctionnels intestinaux ?

 

Sous le terme de troubles fonctionnels intestinaux ou TFI, on regroupe l'ensemble des dysfonctionnements des voies digestives basses survenant sans atteinte organique. Considérés comme bénins par les médecins, mais souvent vécus très douloureusement par les patients, leur chronicité justifie une réelle prise en charge.

 

Quelles sont les autres appellations ?

 

Colite spasmodique, colopathie, syndrome du colon irritable, troubles fonctionnels intestinaux' les termes pour désigner cette entité pathologique ne manquent pas. Ces différentes propositions successives révèlent en fait notre méconnaissance profonde quant aux origines de ces troubles. Tant et si bien que leur définition est encore discutée.

 

Sont-ils fréquents ?

 

Oh que oui ! Les TFI constituent un problème majeur de santé publique puisqu'ils concernent, selon certaines études, plus d'un français sur deux à un moment de leur vie. Ils constituent une cause importante d'absentéisme, sont source de millions de consultations et de prescriptions, d'explorations diverses.

 

Quels sont les âges concernés ?

 

Si le pic de fréquence se situe à la 3e décennie, la pathologie peut aussi se rencontrer chez l'enfant. Par contre, il faut porter avec la plus grande réserve ce diagnostic au-delà de 70 ans. À cet âge sa survenue est inhabituelle, et il faut avant tout éliminer un cancer colique.

 

 

 

Les troubles fonctionnels intestinaux en chiffres

62 % de la population en souffrent au moins une fois dans leur vie

25 % des français souffrant de TFI en sont particulièrement gênés

Âge moyen : 30 ans

Sex ratio : 2 à 3 femmes pour un homme

12 % des français consultent pour TFI

50 % des motifs de consultation en gastro-entérologie

Nombre de consultations : 3,1 consultations/an/patient

25 % des français prennent un traitement dont 15 % en automédication

1 % des arrêts de travail est motivé par des TFI (estimation)

D'après Cours de médecine - Marseille

 

 

Est-ce une maladie de la motricité colique ?

 

Les mécanismes physiopathologiques des TFI sont clairement multiples. Les troubles de la motricité colique sont les premiers mécanismes mis en cause dans les TFI. Les diverses études publiées consacrées à ce sujet sont difficiles à interpréter. Cependant, l'observation des médecins et le ressenti des patients sont très en faveur de cette hypothèse motrice.

 

Est-ce consécutif au stress ?

Le contexte psychologique joue de l'avis de tout le monde un rôle également prépondérant. L'influence du système nerveux central et du stress en particulier sur la motricité colique a été rapportée dans plusieurs travaux. L'influence du stress serait déterminante dans l'apparition des TFI, comme l'indique la forte prévalence des abus sexuels subits dans l'enfance chez les patients présentant des TFI par rapport à une population de référence.

 

Quelle est l'influence de l'alimentation ?

 

La pratique montre que nombre de patients présentant des TFI ont un comportement alimentaire perturbé, souvent à base d'exclusion alimentaire. Ces régimes auto-administrés apportent un bien-être au patient. Selon certaines études, 48 à 79 % des patients voient leur état s'améliorer après avoir exclu un à cinq aliments de leur régime habituel ! Certains chercheurs évoquent un déficit enzymatique entraînant une malabsorption du lactose, du fructose ou du sorbitol, des réactions immunologiques mal définies ' L'origine alimentaire est corroborée par une observation quotidienne : le rôle favorable des fibres alimentaires sur le transit est bien connu, mais elles induisent souvent un météorisme abdominal en limitant l'usage.

 

Quel est le rôle de la flore intestinale ?


L'hypothèse infectieuse « connaît un regain d'intérêt récent en raison de nouvelles études mettant en évidence que 24 à 32 % des patients ayant contracté une gastroentérite sévère présentent, dans les trois à six mois qui suivent la guérison de cette colite, des troubles fonctionnels intestinaux ». D'autres études ont retrouvé des modifications structurelles du tissu intestinal, lesquelles pourraient être à l'origine d'un processus inflammatoire.

 

Qu'en est-il du concept de viscérosensibilité ?

 

Un nouveau concept physiopathologique émerge. C'est celui de la viscérosensibilité. Au cours du syndrome de TFI, « les tests de distension du côlon, du rectum et de l''sophage ont bien montré que les seuils douloureux apparaissaient pour des volumes ou des pressions de distension plus faibles chez les patients que chez les sujets sains ». Cela suggère qu'il existe une hypersensibilité des récepteurs sensibles à la distension. D'autre part, « cette hypersensibilité viscérale est diffuse, la douleur peut être déclenchées à distance du lieu de distension, et elle se trouve accentuée par le stress ».

 

Comment le médecin pose-t-il le diagnostic ?

 

Le diagnostic de TFI est purement clinique. Il associe des douleurs du cadre colique, des troubles du transit (diarrhée et/ou constipation) et une sensation d'inconfort abdominal (pesanteur ou ballonnement).

Selon les critères de la Rome Fundation, dits Rome 3, ces troubles doivent être présents au moins trois  jours par mois pendant au moins trois mois au cours des six derniers mois.

Ces troubles doivent avoir au moins deux des trois particularités suivantes : soulagement par la défécation, modification de la fréquence des selles, modification de la consistance des selles.

 

Quelle est la difficulté du diagnostic ?

 

Les symptômes sont classiques et bien connus des praticiens, mais poser ce diagnostic chez un patient particulier n'est pas chose aisée en l'absence de marqueurs spécifiques. Les troubles fonctionnels intestinaux (TFI) sont en fait un diagnostic d'élimination. Le diagnostic ne peut être posé qu'en l'absence de signe de gravité (perte de poids, rectorragies, anémie,...) et si l'examen clinique général est normal. Si des signes de gravité sont présents, ou pour les sujets de plus de 45 ans et/ou en présence d'antécédents familiaux de cancer colorectal, une coloscopie s'impose.

 

 

 

Traitement des TFI

L'aspect polymorphe des TFI ainsi que l'absence d'un cadre physiopathologique clairement défini expliquent le grand nombre de moyens thérapeutiques. La difficulté d'interprétation des résultats cliniques tient au fait que le placebo est efficace dans 40 à 50 % des cas.
La prise en charge thérapeutique optimale est fondée sur une relation de qualité entre le malade et son médecin ou son pharmacien, une bonne hygiène de vie et des médications adaptées aux symptômes.
Les antispasmodiques ou les modificateurs du transit prendront en charge le versant motricité pour un soulagement rapide de la douleur clinique.
Les psychotropes ou la psychothérapie permettront une régulation de la composante psychique éventuelle des troubles.
Les recommandations diététiques et les compléments alimentaires permettront de réguler la fonction digestive à long terme.
Signalons que l'Inserm, dans un récent rapport, conclut que l'hypnose a un intérêt thérapeutique dans le syndrome du côlon irritable.

 

 

* Rome fundation, fondation à but non lucrative rassemblant chercheurs gastro-entérologues du monde entier. Elle établit une classification des maladies relevant de la gastro-entérologie.

 

 

Pour les lecteurs qui voudraient plus d'information, suggérons le site de la Société française de gastroentérologie.

http://www.snfge.org/content/les-troubles-fonctionnels-intestinaux

 

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PhotoAFL/PHOVOIR