Comment bien gérer la prise de médicamenets


VPVC135 – –

Comment bien gérer la prise de plusieurs médicaments ?

 

La polymédication, surtout chez le sujet âgé, est habituelle et souvent légitime. Mais elle augmente le risque d'effets secondaires et diminue probablement l'observance des traitements, donc leur efficacité. Faire bon usage du médicament est un enjeu important pour la santé de chacun.

 

""

Il y a un siècle, en France, l'espérance de vie à la naissance était de 50 ans. Elle est maintenant de plus de 80 ans. On mourrait plus jeune mais on mourait aussi plus vite, surtout d'infections ou d'accidents. Il y avait très peu de maladies chroniques, invalidantes.

La contrepartie est que l'allongement de la durée de vie s'accompagne d'un allongement de la durée de vie avec une pathologie chronique. Celles-ci sont désormais nombreuses (maladies cardiovasculaires, cancer, diabète, maladies neurologiques,'). Il n'est maintenant pas rare qu'un individu vive avec plusieurs maladies chroniques, on parle alors de multimorbidité.

Comme chaque pathologie entraînant une prescription de traitements spécifiques, les médicaments s'accumulent et on parle alors de polymédication. Chacun peut le constater, nos seniors ont souvent de nombreux médicaments à prendre. Ce qui ne va pas sans poser de nombreux problèmes pratiques.

 

La polymédication est-elle une erreur ?

On vient de le voir, la réponse est non. Éviter qu'un patient meure d'une crise cardiaque ou d'un AVC à 60 ans, qui pourrait être contre ? Si le taux de décès dus à une cause vasculaire ou cardiaque a été divisé par deux en 40 ans, la raison tient à de considérables progrès dans la prise en charge des infarctus et des AVC, mais aussi et surtout au traitement des causes de ces maladies comme l'hypertension artérielle (HTA) ou l'hypercholestérolémie.

Pour l'HTA, par exemple, les innombrables études et recherches montrent qu'il faut maintenir la tension d'un individu en dessous de 140/90 mmHg pour lui assurer que son risque de faire un accident cardiovasculaire sera minimal. Idem pour le cholestérol ou le diabète. Des seuils précis sont définis et doivent être respectés. Pour les atteindre, les autorités sanitaires définissent des stratégies thérapeutiques précises et conseillent si nécessaire d'associer deux ou trois médicaments.

Comme de nombreux sujets présentent à la fois de l'hypertension, du cholestérol et du diabète, il est compréhensible que ces sujets aient au moins déjà trois ou davantage de médicaments à prendre chaque jour. Comme en plus ces sujets sont susceptibles de développer une autre maladie aigue (infection, allergie,'), ils peuvent en avoir momentanément six ou sept. On pourrait bien sûr multiplier à l'infini les exemples et les raisons légitimes de polymédication. Il n'y a donc pas de raison de critiquer a priori la prescription d'un traitement complexe.

 

La polymédication est-elle un risque ?

Incontestablement, oui. Le premier problème que l'on identifie par rapport à la prise de plusieurs médicaments est l'augmentation du risque iatrogénique. C'est-à-dire de l'apparition d'effets indésirables majorés. Tout médicament présente un potentiel d'effets indésirables. Mais la coprescription de plusieurs molécules peut induire des interactions entre elles, ce qui peut faire apparaitre des effets nouveaux dus à l'association.

De plus, la polymédication augmente aussi fortement le risque de prescriptions potentiellement inappropriées entraînant un risque d'effets indésirables ou de non efficacité du traitement.

De plus, il a été démontré que plus on augmente le nombre de médicaments à prendre, plus on augmente les risques d'oubli ou tout simplement le risque que le sujet limite de sa propre initiative la prise de médicaments par peur. Ce qui au total diminue l'efficacité de ceux-ci.

 

Les interactions médicamenteuses doivent être prises en compte

Les médicaments sont des substances qui interagissent avec les mécanismes biologiques dans de nombreux organes. De ce point de vue, il faut considérer trois types d'interactions. Tout d'abord des actions contraires, ensuite des effets de compétition, enfin des effets de surdosage.

On comprend aisément que deux médicaments ayant des effets opposés vont se neutraliser. Les prescripteurs font évidemment attention à ne pas prescrire de produits ayant des effets contraires. Par exemple, un laxatif et un anti-diarrhéique. Mais la difficulté avec les produits actuels vient du fait qu'ils n'ont pas forcément une activité exclusivement orientée sur un organe précis. Ils peuvent induire des effets sur d'autres cibles tissulaires que ceux qui sont attendus. De nombreux exemples peuvent être cités avec les médicaments agissant sur le système nerveux ou le système cardiovasculaire.

Par ailleurs, les médicaments ne circulent pas sous forme libre dans le sang. Généralement, ils sont liés à des protéines de transport. Or c'est la partie libre qui est efficace. Donc le rapport « partie liée-partie libre » va déterminer l'intensité de l'effet du médicament. Pour des raisons chimiques, il existe souvent une compétition entre plusieurs molécules sur le même transporteur. Un médicament va prendre la place d'un autre. Ceci aura pour conséquence que le médicament déplacé va se trouver en plus grande quantité dans le sang circulant, augmentant d'autant l'activité de celui-ci. On constate ainsi un effet de surdosage.

Enfin, les médicaments sont souvent métabolisés par le foie. Celui-ci en détruit une partie, voire la totalité grâce à des mécanismes enzymatiques complexes. Or ces mécanismes peuvent être accélérés ou ralentis par la prise concomitante d'autres substances. Un exemple bien connu est le pamplemousse qui agit comme ralentisseur de ce mécanisme, ce qui va avoir pour effet d'augmenter la concentration sanguine de certains médicaments, normalement détruits en partie par le foie, d'où l'apparition d'effets indésirables par surdosage relatif. À l'inverse, une substance accélératrice du métabolisme va diminuer la concentration des médicaments coprescrits, donc leur efficacité. Ces phénomènes sont étudiés avec beaucoup de soin avant la commercialisation des médicaments. Dans les mentions légales (notice des médicaments), les éventuelles interactions connues sont précisées. Il en est tenu compte au moment de la prescription. Mais il est difficile de tout analyser et des associations non étudiées peuvent être utilisées dans la pratique.

 

L'observance est la clé d'un traitement efficace

Un traitement efficace est d'abord un traitement bien pris. Il tombe sous le sens que plus on multiplie le nombre de comprimés, le nombre de prises dans la journée, les horaires différents, plus on augmente les risques d'erreurs ou d'oublis. Il a été démontré qu'un traitement en une prise par jour était mieux assimilé qu'en deux ou trois prises et a fortiori si le nombre de médicaments par prise augmente. En conséquence, en cas de polymédication, il convient de bien organiser la prise des médicaments.

 

Un traitement équilibré plus que de nombreux médicaments

Au-delà de trois ou quatre molécules différentes prises simultanément, il est difficile de prévoir les effets secondaires des interactions médicamenteuses sur la santé des individus. La proportion de patients qui présentent des effets secondaires s'accroit de façon considérable avec le nombre de médicaments administrés. En conséquence, il convient d'établir un traitement adapté au plus juste aux besoins du patient.

L'un des objectifs de la mise en place du parcours de soins avec un médecin traitant est justement de déterminer le traitement le plus adapté à chaque patient. Le rôle du médecin traitant est d'assurer la coordination entre les différents spécialistes et de hiérarchiser les ordonnances.

 

Conseils pour un traitement équilibré

Ne pas consulter différents médecins sans informer son médecin traitant

Ne pas faire renouveler ses ordonnances sans réévaluation de la pertinence du traitement

Ne pas exercer de pression auprès de son médecin pour obtenir une prescription supplémentaire

Attention à l'automédication. Bien en discuter avec son pharmacien, lui indiquer les traitements en cours

Bien lire les notices des médicaments prescrits afin de respecter les règles de prise : posologie, heure de prise, aliments à éviter'

 

""

 

Photo Phovoir/AFL