Pourquoi et comment bien suivre son traitement


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Pourquoi et comment bien suivre son traitement ?

 

Le postulat est simple : un traitement mal suivi, c'est un traitement inefficace. Donc il faut améliorer ce que l'on appelle l'observance. Oui, mais de quoi parle-t-on : de l'observance en général ou dans telle pathologie ? Dépend-elle du patient ou du traitement ? Quelles sont les informations à connaitre, existe-t-il des moyens pour aider le patient ?

 

 

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Le dictionnaire médical Garnier Delamare définit l'observance thérapeutique comme « le respect des prescriptions médicales par le patient ». Cette définition classique correspond à la conception des relations médecins-patients telles qu'elles étaient vécues dans le passé. Elle situe le problème dans un cadre de soumission du patient et rejoint l'acception initiale du mot qui était le respect de la règle monastique ou religieuse. De même, il est opportun de noter que le mot « ordonnance » a un caractère d'injonction très marqué.

Cette approche ne correspond plus à la réalité d'aujourd'hui. Il faut maintenant bien prendre conscience que l'acte médical n'est qu'un conseil, très averti certes, mais vis-à-vis duquel le patient garde son libre arbitre (sauf quelques exceptions légales) et la possibilité de le faire valider par un autre médecin.

 

L'observance, un concept renouvelé

Quoi qu'il en soit, le mot observance dans sons sens traditionnel ne correspond plus au climat actuel de la médecine, dans lequel le patient doit être considéré et se comporter comme le propre acteur de sa santé. Néanmoins, on continue à l'utiliser, faute d'alternative.

L'observance doit être maintenant entendue comme « la capacité qu'a le patient de s'inscrire dans les cadres médicaux pouvant optimiser sa santé et son bien-être. Il s'agit donc d'un espace de confrontation entre les exigences médicales et les ressources du malade pour s'adapter à sa situation ».

Autrement dit, le traitement d'une maladie est maintenant considéré comme une stratégie proposée par l'expert (le médecin) et mise en 'uvre par le patient. Il s'agit donc d'un processus devant aboutir à un objectif partagé et défini en commun. Le médecin propose, le patient dispose. C'est à ce dernier d'agir et il ne doit pas oublier qu'il ne prend pas son traitement pour faire plaisir à son médecin, mais pour être soulagé et guéri. C'est généralement pour cela qu'il est venu consulter.

Améliorer le suivi des traitements, c'est donc agir sur les processus mis en jeu dans les comportements thérapeutique ou de santé. Ceux-ci étant influencés positivement ou négativement par des facteurs cognitifs, émotionnels, sociaux qui interagissent entre eux.

 

D'abord s'informer sur son traitement

L'observance est un comportement. Comme tout comportement, il dépend de multiples facteurs : son vécu, ses croyances, le contexte pathologique, la qualité de l'information ou de la relation médecin-patient'et son environnement social.

Du point de vue social, l'isolement du patient est le facteur le plus déterminant, contrairement à l'âge, au sexe ou au niveau d'éducation qui n'ont pas d'influence réelle. L'isolement conduit à une mauvaise observance comme on l'a démontré dans la tuberculose et le diabète où la solitude est un facteur prédictif de non d'observance. Donc attention aux personnes vivant seules.

Le patient raisonne selon son vécu de la maladie et du sens qu'il lui donne dans sa propre existence. Il est donc évident qu'un patient qui ne perçoit pas la pertinence de son traitement (dans le cadre de sa propre représentation) sera inobservant (il s'agit d'un facteur prédictif démontré). Donc, pour l'entourage, bien vérifier le niveau de connaissance du patient et la qualité des informations reçues. Des études ont montré que le patient connaît généralement le diagnostic, mais ignore souvent l'enjeu du traitement. Ce constat est particulièrement important dans le cadre des maladies silencieuses. Alors que le patient ne se sent pas malade, comment peut-il comprendre l'intérêt d'un traitement ?

 

Ne pas hésiter à faire adapter le traitement

Le nombre de prises, la durée, la forme d'administration et les effets indésirables sont connus comme étant des facteurs influençant fortement l'observance.

En ce qui concerne le nombre de prises, plus il y a en a et plus il y a d'occasion d'oublier. Le mode de vie actuelle avec des repas pris en dehors du domicile explique que la prise du midi soit souvent oubliée. Parallèlement, plus le traitement comporte de médicaments, plus le risque d'inobservance, au moins partielle, est grand.

Donc il faut en parler à son médecin au moment de l'ordonnance. Pour la plupart des pathologies, il existe une gamme de médicaments large. Celui-ci choisira le médicament le plus adapté à votre cas et à vos habitudes de vie. De même, ne pas hésiter à en discuter avec son pharmacien qui est le spécialiste du médicament, il vous donnera les bons conseils.

 

Informer le médecin des effets indésirables

« Il est également évident que lorsque le patient est confronté aux effets indésirables d'un traitement, le risque d'inobservance est important, comme l'a montré Arnsten en 2000 : 66 % des patients présentant moins de deux effets secondaires étaient observants, alors que seulement 47 % de ceux présentant plus de deux effets l'étaient. »

Le principe de base est simple : en cas d'effets indésirables (sauf si ceux-ci sont bénins ou ont été expliqués par le médecin ou le pharmacien), il faut appeler son médecin ou son pharmacien. Surtout ne pas arrêter un traitement spécialement pour une maladie chronique sans les prévenir.

 

 

 

Un réel problème de santé public

Selon la thèse présentée en 2012 par deux jeunes médecins de Grenoble (1), les premières études sur l'observance remontent aux années 70 dans l'HTA. Elles montraient que 50 % des patients souffrant d'HTA ne suivaient pas les prescriptions médicamenteuses. Une analyse de 139 études menées entre 2000 et 2005 sur l'observance des traitements à visée cardiovasculaire (HTA, dyslipidémie, diabète) permettait de conclure que sur une année, on relevait en moyenne 30 % de jours d'inobservance, et seulement 59 % des patients observants à au moins 80 % du temps.

En 2000, une étude a montré que l'inobservance des patients asthmatiques allait de 3 à 88 % des patients.

« En 2003, l'OMS publie des chiffres concernant l'observance thérapeutique dans le cadre de maladies chroniques : seulement 51 % des patients hypertendus, 40 à 70 % des patients dépressifs, 37 à 83 % des patients atteints du VIH, ou encore 30 à 58 % des asthmatiques seraient observants. »

 

 

 

Quelques questions à poser pour aider les patients et l'entourage
(selon X. Girerd)

' Ce matin, avez-vous oublié de prendre votre médicament ?

' Depuis la dernière consultation, avez-vous été en panne de médicament ?

' Vous est-il arrivé de prendre votre traitement avec retard par rapport à l'heure habituelle ?

' Vous est-il arrivé de ne pas prendre votre traitement parce que certains jours votre mémoire vous fait défaut ?

' Vous est-il arrivé de ne pas prendre votre traitement parce que certains jours vous avez l'impression que votre traitement vous fait plus de mal que de bien ?

' Pensez-vous que vous avez trop de comprimés à prendre ?

Interprétation :

' 0 oui = une bonne observance,

' 1 à 2 oui = un minime problème d'observance,

' 3 oui = une mauvaise observance.

 

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Photo AFL/Phovoir