La grippe


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La réalité sur la grippe


Il est encore trop tôt pour faire le bilan de l'épidémie de grippe annuelle. Mais comme chaque année, cette pathologie sera un sujet d'inquiétude pour les professionnels de santé ainsi que pour les autorités. Quels sont les chiffres de la grippe ? Est-il justifié d'alarmer l'ensemble de la population ou peut-on définir des populations à risque ? Comment mettre en place une bonne prévention ?

 

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La surveillance de la grippe est une mission essentielle étant donné son caractère hautement contagieux et les risques réels qu'elle fait courir, en particulier aux sujets fragiles. Cette mission est confiée à l'agence Santé publique France (voir encadré), qui est en charge de suivre, entre autres, l'état sanitaire du pays.

Dans cette optique a été mise en place toute une organisation afin de détecter le plus précocement possible le début de l'épidémie, d'en suivre l'évolution temporo-spatiale, son degré de gravité et de participer à l'identification des souches circulantes et des populations à risque. À partir de ces données, il est possible d'analyser la pertinence des politiques de prévention mises en place et de proposer les ajustements nécessaires. Que nous enseignent les épidémies des années passées ?

 

Une grande variabilité épidémique

La grippe se manifeste le plus souvent sous forme d'épidémies saisonnières. En France métropolitaine, sur la base des données historiques des épidémies grippales depuis 1984, le réseau Sentinelles estime qu'entre 700 000 et 4,6 millions de personnes consultent pour syndrome grippal lors d'une épidémie de grippe. En moyenne, 2,5 millions de personnes seraient concernées chaque année.

Entre 25 % et 50 % des consultations concernent des jeunes de moins de 15 ans.

L'épidémie survient entre les mois de novembre et d'avril et débute le plus fréquemment fin décembre-début janvier. Elle dure en moyenne 9 semaines. La grippe peut entraîner des complications graves chez les sujets à risque (personnes âgées ou sujets fragilisés par une pathologie chronique sous-jacente). La mortalité imputable à la grippe saisonnière concerne essentiellement les sujets âgés (plus de 90 % des décès liés à la grippe surviennent chez des personnes de 65 ans et plus).

 

Recommandations sur la vaccination

La vaccination est possible pour tous les individus à partir de l'âge de six mois ; elle est recommandée pour les personnes à risque de complications, essentiellement : personnes âgées de 65 ans et plus, personnes (adultes et enfants) atteintes de certaines maladies chroniques (notamment les insuffisants respiratoires), personnes séjournant dans un établissement de santé de moyen et long séjour.

La vaccination antigrippale est également recommandée aux personnes en contact avec les personnes à risque de complication et susceptibles de disséminer le virus : professionnels de santé ou tout professionnel en contact régulier et prolongé avec des sujets à risque.

La vaccination est également recommandée aux femmes enceintes et aux personnes présentant une obésité.

La vaccination en question

Si l'on en croit les enquêtes menées par l'Institut de veille sanitaire dans le passé, la couverture vaccinale dépasse à peine les 60 % dans les populations à risque (plus de 65 ans et maladies chroniques). Mais selon la Caisse nationale d'assurance maladie, la couverture vaccinale pour les sujets de plus de 65 ans était de 51 % en 2011 pour tomber à 48 % en 2015-2016. Ce taux est de 37 % pour les sujets de moins de 65 ans définis comme à risque !

Cette couverture est largement inférieure au 75 % requis dans chacun des groupes par les recommandations des spécialistes. Cet écart s'explique en grande partie par les doutes quant à la pertinence de la vaccination du fait que la protection peut s'avérer très insuffisante à cause de la variabilité des souches de virus.

Selon Anne Mosnier (coordination nationale du réseau des Grog), interviewée par Le Généraliste, ces vaccins « posent certains problèmes car ils n'ont pas une efficacité excellente et celle-ci est variable selon les tranches d'âge, les saisons et les souches circulantes.... En fait, tout dépend donc de ce que l'on mesure et de ce que l'on attend du vaccin, Aujourd'hui, dans la plupart des pays d'Europe (dont la France), les campagnes vaccinales visent avant tout à protéger les sujets les plus à risque de formes graves et de décès. Et, à ce titre, « les vaccins actuels ne font pas si mal. En revanche, dans une optique de réduction globale de l'incidence de la grippe, on reste clairement loin du compte. »

En d'autres termes, il ne faut pas attendre que la vaccination fasse disparaitre la maladie, comme la vaccination contre la polio ou le tétanos. Mais étant donnée la gravité de la grippe dans les populations à risque, toute mesure, même imparfaite, susceptible de prévenir la diffusion du virus doit être mise en 'uvre. Et on en a la preuve, la vaccination grippale sauve des vies chaque année.

 

Mieux cibler les sujets à risque'

En attendant les vaccins trivalents supposés plus efficaces, reste donc à mieux cibler les patients à même d'en bénéficier. La cible des patients devant être vaccinés (voir encadré) dépasse largement le groupe des personnes âgées.

 

' et respecter les mesures d'hygiène

Enfin, les mesures d'hygiène doivent aussi être diffusées même si leur efficacité sur la transmission des virus respiratoires n'est étayée « que par des données de faible niveau de preuve ».

Selon le Dr Juliette Barthe (médecin généraliste du département de médecine générale de la faculté de médecine Paris-Descartes), il faut « encourager les patients malades et leur entourage à se laver le plus souvent possible les mains à l'eau et au savon et à encourager le port du masque chez les personnes malades côtoyant des patients à risque de complications ».

 

Qui surveille la grippe ?

Jusqu'en 2015, c'est l'InVS (Institut national de veille sanitaire) qui était en charge de la surveillance de la grippe comme des autres épidémies.

Depuis cette date, l'InVS a été regroupé avec l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes) et l'Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus) dans une structure unique : l'agence Santé publique France.

Les informations sont recueillies sur le terrain par deux réseaux complémentaires de généralistes anonymes : Grog et Sentinelles. Le Grog remonte les résultats des données virologiques issues des prélèvements effectués en médecine de ville. Les médecins appartenant au réseau Sentinelles les déclarent à l'InVS qui centralise le nombre de cas de grippe diagnostiqués chaque semaine.

Depuis janvier 2012, un nouveau système de surveillance de la grippe, grippenet.fr, a pour objectif de recueillir directement auprès de la population résidant en France des données épidémiologiques sur la grippe via un compte internet personnalisé et  sécurisé.

En outre, on étudie actuellement au niveau mondial la possibilité de faire appel aux moteurs de recherche internet pour surveiller en temps réel la survenue et la progression des cas de grippe à partir des requêtes formulées par les internautes. L'intérêt réside dans le fait que les sujets « consultent » internet avant d'aller en pharmacie ou consulter leur médecin. Les premières analyses montrent une bonne corrélation avec les données médicales, mais avec une avance de 3 à 4 jours.

 

 

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Photo AFL/Phovoir