Personnes âgées et médicaments


VPVC145 – Mars 2018 – Crédit photo Phovoir

La multiplication des traitements chez les personnes âgées est légitime au regard des nombreux troubles à traiter. Mais la polymédication pose de nombreux problèmes d’observance et, surtout, risque de multiplier les effets indésirables.
Que faire en pratique ?

 

 

 

La polymédication est un enjeu de santé publique, en particulier chez les personnes âgées qui présentent de nombreuses pathologies, et qui sont potentiellement en insuffisance rénale ou hépatique et dont on sait qu’elles sont sensibles aux effets secondaires : hypotension, vertiges, troubles neurologiques, etc. Une récente publication de la Drees (direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) ainsi que de nombreux rapports, alertent sur le sujet.

 

Les pouvoirs publics et les instances professionnelles commencent à proposer des approches thérapeutiques plus prudentes de nature à éviter les incidents médicamenteux. Le médecin généraliste, en tant que médecin de référence, et le pharmacien se retrouvent en première ligne dans la maîtrise du phénomène. 

• Deux tiers des personnes âgées prennent au moins un médicament quotidiennement

Selon une étude de la HAS (Haute Autorité de santé), 67 % des personnes âgées de 65 ans et plus ont pris au moins un produit pharmaceutique en un mois versus 35 % pour les moins de 65 ans. Cette proportion augmente encore avec l'âge. L’Irdes (Institut de recherche et documentation en économie de santé) observe qu’une polymédication (à partir de deux médicaments chaque jour) est retrouvée chez 14 à 49 % des patients âgés de plus de 75 ans. D’autres études rapportent des chiffres plus élevés. En moyenne chez ces patients, la consommation journalière s'établit à 3,6 médicaments voire 4,6 pour les plus de 85 ans. Ces données sont probablement sous évaluées par rapport à la réalité.

En effet, elles proviennent des dossiers médicaux, des registres pharmaceutiques, des données de remboursement et ne portent que sur les médicaments de prescription. Ce qui sous-estime la consommation pharmaceutique et mésestime les risques d'interactions et d’effets secondaires. Le problème, qui n’a fait que s’amplifier depuis quelques décennies, devient donc un problème de santé publique. 

 

• La prescription médicamenteuse se justifie médicalement

Si les personnes âgées prennent de nombreux médicaments, c’est que celles-ci présentent de nombreux troubles ou maladies. 57% des sujets de 75 ans et plus sont en affection de longue durée, auxquelles il faut ajouter les autres problèmes de santé du quotidien. Au devant de la scène se trouvent principalement les affections cardiovasculaires (HTA, insuffisance cardiaque, etc.), rhumatologiques, respiratoires et le diabète. Or ces pathologies supposent un traitement continu et quotidien. Par ailleurs, les études démontrent que le bénéfice des traitements se poursuit même chez les personnes très âgées. 

• Multiplier les médicaments multiplie les risques

Néanmoins, la question des priorités se pose chez les patients qui présentent plusieurs maladies. Plus un individu prend de médicaments, plus celui-ci s’expose à subir des désagréments (effets secondaires comme des vertiges, des allergies, des maux de tête, etc.), voire à présenter des complications graves en lien avec la multiplication des thérapeutiques. En effet, il faut savoir que les médicaments agissent sur l’organe dont il faut corriger les dérèglements, mais aussi sur d’autres organes. De plus, les médicaments sont normalement éliminés par l’organisme au bout d’un temps variable, d’une molécule à l’autre. Pour faire simple, deux voies d’élimination sont prépondérantes : la voie hépatique et la voie rénale. Un médicament éliminé par la voie hépatique va subir une dégradation dans les cellules du foie. Les résidus (métabolites) se retrouvent dans la bile et sont évacués par le bol alimentaire. 

Or, il existe des interactions (compétitions) entre les différentes molécules médicamenteuses. Ainsi certains médicaments modifient le métabolisme hépatique, d’autres l’augmentent ou le diminuent. Il en découle des variations de concentration du principe actif dans le sang.

 

C’est ainsi que certains produits peuvent se retrouver à une concentration supérieure à la normale, voire supérieure au seuil de tolérance. Dans ce cas, le patient présente des effets secondaires. Quant à l’élimination rénale des médicaments, elle est dépendante de la fonction rénale. C’est là que le bât blesse car les personnes âgées sont potentiellement en insuffisance rénale. C'est-à-dire que leurs reins sont capables d’éliminer les déchets, le sel et les métabolites produits par l’organisme en fonctionnement normal. Mais qu’en cas de surcharge, les reins sont dépassés et les déchets s’accumulent, c’est l’insuffisance rénale. Dans ce cas, l’élimination des médicaments par la voie rénale risque de ne pas se faire normalement et induit une augmentation de la concentration dans l’organisme et donc des effets secondaires.

 

• Le médecin traitant, le coordinateur de l’ordonnance

L’état de santé de nombreuses personnes implique qu’elles recourent (souvent sur les conseils de leur médecin traitant) à de nombreux spécialistes. Ceux-ci proposent un traitement adapté à la maladie pour laquelle lesquelles ils sont questionnés. Mais ils n’ont qu’une vue partielle de l’état global du patient. Ainsi se pose la question des priorités et de la légitimité des traitements. Un traitement prescrit il y a dix ans n’est peut-être plus justifié. De même, est-il légitime de traiter pour une hypercholestérolémie un sujet présentant un cancer ? C’est le rôle du médecin traitant de réajuster régulièrement l’ordonnance en tenant compte de la situation de son patient.