Le pharmacien pompier volontaire


VPVC146 – Mai Juin 2018 –

L’organisation des secours en France repose en très grande partie sur l’engagement citoyen. Les corps de sapeurs-pompiers en est un bel exemple. Les interventions des pompiers volontaires permettent d’assurer des interventions rapides et efficaces, partout et pour tous. Au sein du groupe, il y a souvent un pharmacien.

 

Les médecins, pharmaciens, vétérinaires et infirmiers justifiant du diplôme d’Etat de la profession peuvent être engagés en tant que médecin, pharmacien, vétérinaire capitaine Sapeur Pompier Volontaire et infirmier SPV pour être membres du Service de santé et de secours médical (SSSM). Le SSSM compte aujourd’hui plus de 11 900 sapeurs-pompiers, dont 95% de volontaires. Avec près de  210 000 interventions par an, ces pompiers assurent  6% des toutes les interventions.

 

 

 

Arnaud Dufraisse, un jeune de pharmacien de 34 ans, installé à Excideuil (24) est l’un de ces 550 pharmaciens pompiers volontaires. Voici déjà plusieurs années qu’il a rejoint son père lui aussi Pharmacien SPV depuis 30 ans au sein de la caserne du village.  « Cela c’est fait naturellement, explique Arnaud, il y a toujours besoin de volontaires et dès mon enfance, je me suis intéressé à la vie du centre de secours. »

 

Les missions d’un pharmacien SPV sont multiples. Bien entendu, il assure la gestion et le suivi des médicaments, dispositifs médicaux et matériels médico-secouristes des véhicules de secours et d’assistance aux victimes, et des dotations des médecins et infirmiers de sapeurs-pompiers. Arnaud gère donc la pharmacie à usage intérieur du centre de secours. Il participe aussi à la politique de prévention des risques infectieux et a un rôle important de conseil sur les risques Nucléaires, Radiologiques, Biologiques, Chimiques (RNB). « En tant que pharmacien, remarque Arnaud, j’apporte mes compétences professionnelles notamment sur la gestion des stocks, un domaine que je connais bien. Même si, parmi la quarantaine de pompiers volontaires, notre équipe compte aussi deux infirmiers et deux médecins, quand ils ne sont pas disponibles, cela rassure mes collègues d’avoir à leur côté un professionnel de santé. »

 

Car comme tout pompier, Arnaud sort sur les interventions qui s’avèrent en grande majorité des sorties  de secours routier. « Nous avons un système d’alerte qui tient compte de notre disponibilité, explique Arnaud. En moyenne je suis appelé 5 à 6 fois par mois, la caserne est à 100 mètres de la pharmacie. » Humainement, ces interventions peuvent se révéler difficiles comme dans les cas de suicides avec une arme à feu ou pour une désincarcération. « C’est effectivement parfois compliqué, reconnait Arnaud avec modestie. Heureusement, nous sommes soudés entre pompiers car souvent nous sommes les premiers sur les lieux. Il faut parfois trente minutes au Samu pour arriver. Du coup, les liens entre nous sont très forts. C’est une des raisons qui fait qu’on aime cette mission de pompier volontaire. »

 

Il y a parfois des moments plus particuliers, Arnaud se souvient ainsi d’une énorme tempête de grêle en 2013. Les pompiers étaient alors intervenus des dizaines de fois pour placer des bâches sur les toits des maisons avec la grande échelle. « Etre pompier m’aide aussi dans mon métier de pharmacien, reconnait-il. J’ai eu de bonnes formations complémentaires sur la gestion des risques et je pense maintenant avoir de meilleurs réflexes pour assurer le bon geste si un patient à un problème et qu’il vient en urgence à la pharmacie. »

 

 

Quand on lui demande ce qu’il faut pour faire un bon pharmacien sapeur pompier, Arnaud parle de motivation et du soucis des autres. Les aptitudes physiques ne sont pas un frein et il encourage tous ses confrères à rejoindre les pompiers de chez eux. « Si on accepte de donner un peu de son temps, il y a de la place pour tous et les volontaires sont toujours les bienvenus », conclut-il.

 

Théodore Crosnier