Le bilan partagé de médication


VPVC147 – Juillet Août 2017 –

Une nouvelle mission vient d’être confiée aux pharmaciens. Réalisé au cours d’entretien formalisé, le bilan de médication va leurs permettre de s’entretenir avec les patients de plus de 65 ans. L’objectif est de recueillir toutes les informations nécessaires à l’analyse du bon suivi du traitement par le patient et de connaître la totalité des médicaments qu’il prend.

 

 

Souvent, le pharmacien dispose d’un espace propre à recevoir ses patients en toute discrétion. Il semble évident que pour parler de soucis personnels de santé, un minimum de tranquillité soit indispensable. De plus, les nouvelles missions confiées au pharmacien le conduisent à s’entretenir en rendez-vous personnel avec ses patients. D’où la nécessité de confidentialité à l’écart des comptoirs qui ne permettent pas toujours de s’isoler.

 

Ainsi, le pharmacien propose désormais à ses patients un bilan partagé de médication. « En fait, me dit mon pharmacien à qui j’en parlais dernièrement, il s’agit d’analyser l’ensemble des médicaments pris par le patient pour trouver la bonne observance de son traitement. Au cours d’un entretien structuré, il est plus facile de parler et d’échanger sur la façon dont une personne gère ses traitements et de sérier la totalité des médicaments qu’elle prend. »

 

L’objectif des pouvoirs publics en confiant ce rôle à la pharmacie est clair. Il s’agit de réduire le risque d’iatrogénie, c’est-à-dire les troubles ou les maladies qui peuvent apparaître avec la prise d'un médicament ou d’un traitement médical. Le but est aussi d'améliorer l'adhésion du patient et de réduire le gaspillage de médicaments. En regardant avec le patient comment il suit réellement son traitement et quels sont tous les médicaments pris, il sera plus facile de vérifier le bon usage et de mettre en évidence d’éventuels effets à gommer à terme. « Ce nouveau bilan, remarque mon pharmacien, s’adresse aux patients de 65 ans et plus en affection de longue durée (ALD) et à ceux de 75 ans et plus pour lesquels au moins cinq molécules ou principes actifs sont prescrits, pour une durée consécutive de traitement d’au moins six mois. »

 

Comme le signalait récemment la HAS (Haute Autorité de santé), cette population augmente et représente un peu plus de 9 millions de personnes. Parmi elles, 3,9 millions sont considérées comme particulièrement exposées aux risques liés à la polymédication. De plus, comme elles font appel à plusieurs médecins prescripteurs, les risques d’interactions médicamenteuses se multiplient. Ceci prouve l’intérêt d’un bilan spécifique et complet. «  Concrètement, m’explique mon pharmacien,  nous recensons les traitements prescrits ou non, nous recueillons des informations sur l’observance, la perception des traitements, les modalités de prises et les effets indésirables. Nous demandons toutes les ordonnances et même éventuellement les résultats d’analyses biologiques. Puis, une fois le patient parti, nous analysons l’ensemble des données et nous formulons nos recommandations et nos conclusions dans un compte rendu adressé au médecin référent. Après retour de ce dernier, au cours d’un second entretien avec le patient, nous lui proposons des mesures pour améliorer sa prise en charge. »

 

Cette nouvelle mission conforte le pharmacien dans son rôle de professionnel de santé à part entière. Bien entendu, une formation spécifique est prévue pour réaliser ces bilans dans de bonnes conditions. Enfin, le patient conserve le libre choix de participer ou non à ce dispositif, pris en charge par l’Assurance maladie. Cependant, comme il y va de leur santé, il est plus que conseillé aux personnes concernées d’en parler avec leur pharmacien.

 

Théodore Crosnier

 

 

Iconographie Frantz Lecarpentier