Les pertes de mémoire chez la personne âgée


VPVC150 – Janvier Février 2019 – Votre Pharmacien Vous Conseille

Comme toutes les fonctions de l’organisme, la mémoire se dégrade avec l’âge. Mais certains sujets semblent être plus affectés que d’autres, surtout cette perte de mémoire peut être vécue comme l’un des signes précurseur de la maladie d’Alzheimer. La question pratique qui se pose est alors : simple vieillissement ou trouble pathologique annonciateur de dégradations plus graves ?

 

Qu’est ce que la mémoire ?

Selon le dictionnaire, la définition du mot mémoire est la « faculté de conserver et de rappeler des choses passées et ce qui s'y trouve associé ». Pour un scientifique, la réponse est beaucoup plus complexe et pourrait être formulée ainsi : « La mémoire est un processus biologique qui permet de stocker et de restituer des informations. Elle s'appuie sur des réseaux de neurones du cerveau ».

Ce même scientifique avouera aussitôt, en fait, qu’il ne sait pas répondre à cette question tant les processus sont complexes. Mais l’espoir est de mise puisque les nombreuses équipes de recherche qui se penchent sur le sujet commencent à entrevoir les mécanismes de la mémoire.

 

 

Quelles sont les formes de mémoire ?

On distingue la mémoire à court terme et la mémoire à long terme. La mémoire à court terme repose sur la capture (quelques millisecondes) des informations perçues par nos sens (mémoire instantanée ou sensorielle) ainsi que sur la mémoire de travail qui stocke ces informations durant quelques secondes. La mémoire à long terme, qui stocke les informations sur une longue période, prend différentes modalités : épisodique (faits de tous les jours), sémantique (les mots et connaissances acquises), procédurale (savoir-faire, etc.).

Par ailleurs, selon l’origine des informations, on distingue la mémoire verbale, visuelle et olfactive. La mémoire verbale permet de mémoriser par exemple une série de mots et de la rappeler après quelques minutes. La mémoire visuelle permet de retrouver sans problème l’emplacement d’un objet ou les détails d’un tableau. Chacun développe un talent spécifique de ce point de vue.

 

Comment fonctionne la mémoire ?

La mémoire à court terme fonctionne grâce à une augmentation momentanée de la quantité de neuromédiateurs (molécules qui transmettent l’information d’un neurone à l’autre). La mémoire à long terme est conditionnée à la faculté des neurones de fabriquer de nouvelles synapses (connexions entre les neurones). On comprend mieux pourquoi, en vieillissant, la mémoire décline car le neurone, la cellule nerveuse du cerveau, comme toutes les autres cellules, perd de sa capacité fonctionnelle.

 

Comment se manifeste la perte de mémoire chez la personne âgée ?

Un sujet jeune ou adulte peut avoir des pertes de mémoire, surtout dans les situations de surmenage. Tous ceux qui sont allés à l’école savent que beaucoup de choses s’oublient ! Il n’y a là rien d’inquiétant sauf à la veille d’un examen. Ces pertes de mémoire deviennent inquiétantes lorsqu’elles touchent la vie quotidienne. Classiquement, c’est le cas de ce patient qui dit : « J’oublie mes rendez-vous, c’est terrible. » C’est ce conjoint qui s’inquiète : « Elle oublie ce que je lui ai dit il y a cinq minutes. » Ce sont les enfants qui se sentent concernés : « Il a fallu que je l’aide, il avait encore oublié de ... » On voit que tout est question d’appréciation, d’estimation subtile à analyser en fonction du contexte.

 

Quelles sont les circonstances qui peuvent entrainer une perte de mémoire ?

D’abord et de façon physiologique, le vieillissement bien sûr. Mais comme le spécifie la HAS (Haute Autorité de santé), les troubles de la mémoire peuvent être le reflet d'une dépression, d'une anxiété, d’une diminution de l’estime de soi et de la confiance que le sujet porte à sa mémoire. « Il en résulte une attitude négative qui le conduit à éviter les tâches mnésiques et à ne pas s’engager dans les stratégies nécessaires pour leur réalisation, ce qui peut retentir sur ses performances. »

Ils peuvent également être secondaires à un traitement médicamenteux, ou être liés à une maladie neurologique débutante autre que la maladie d’Alzheimer.

 

Quand faut-il s’inquiéter ?

La plupart des troubles de la mémoire n’entrainent pas de consultation. Mais un jour, c’est un événement qui vient précipiter la décision comme l’oubli d’aller chercher le petit fils à l’école. Ce peut être aussi l’entourage qui s’inquiète. Dans ce cas, le médecin va évaluer les performances mémorielles de la personne qui consulte, et les conséquences sur la vie de tous les jours. Le médecin parle plutôt de déficit cognitif léger.

 

Qu’est-ce que le déficit cognitif léger ?

Au-delà du déclin cognitif normal dû à l'âge, le déclin cognitif léger est caractérisé par des problèmes de mémoire assez importants pour être remarqués et mesurés, mais pas assez pour compromettre l'indépendance du sujet. Le déclin cognitif léger n’est pas un état pathologique, il s’agit plutôt d’une altération modérée mais significative des fonctions cognitives. On définit les fonctions cognitives comme l’ensemble des fonctions qui forment notre « appareil à penser ».

 

Comment se manifeste le déclin cognitif léger ?

Les troubles de la mémoire sont au premier plan. La mémoire épisodique (événements récents) est la première atteinte. Un signe caractéristique de déficit cognitif léger est l’atteinte de la mémoire prospective (par exemple l'oubli d'un rendez-vous). Un examen neuropsychologique confirmera que les performances mnésiques du sujet sont inférieures à celles d’un sujet « normal » du même âge, mais que les autres fonctions cognitives sont préservées, permettant encore une vie autonome.

 

Le déficit cognitif léger est-il une réalité scientifique ?

Tout a fait. Les techniques de neuro-imagerie permettent de différencier les personnes âgées indemnes de celles ayant un déficit cognitif léger. L’IRM peut mettre en évidence, deux ans avant les premiers troubles cliniques, une perte neuronale de certaines zones cérébrales, en particulier celles impliquées dans la mémorisation.

 

Quels sont les facteurs favorisants le déficit cognitif léger ?

En dehors de l’âge et des prédispositions génétiques sur lesquels il est impossible d’agir, les principaux facteurs de risque de déficit cognitif léger peuvent et doivent être corrigés. Il convient tout d’abord de stimuler la vie sociale du sujet dont on sait l’importance, et de prendre en charge une éventuelle dépression. Et surtout, on s’attachera à compenser les facteurs ayant un impact sur le fonctionnement du métabolisme du cerveau : diabète, tabagisme, HTA, hypercholestérolémie, etc.

Par ailleurs, les travaux récents font de plus en plus ressortir l’importance du stress oxydatif du aux radicaux libres que subissent les neurones. Ce stress oxydatif apparait comme prépondérant dans l’origine du déficit cognitif léger. Il existe des substances naturelles capables de réduire ce stress oxydatif. La recherche actuelle progresse dans cette voie.

 

Photo Phovoir