La dépression de l’adolescent


VPVC151 – Mars Avril – Votre Pharmacien Vous Conseille

La dépression fait encore peur dans les familles. C’est pour cette raison qu’un adolescent qui déprime aura tendance à cacher sa souffrance. Ce déni est une erreur et doit être combattu. En effet, la prise en charge d’un épisode dépressif le plus précocement possible favorise une bonne évolution. Apprenons donc à détecter cette maladie.

 

 

D’un point de vue médical, la dépression est une maladie définie par des symptômes bien précis, présents tous les jours depuis au moins deux semaines. Retenons donc d’abord qu’un coup de cafard passager n’est pas une dépression.

 

La dépression est une maladie bien définie…

Les médecins et les psychiatres parlent de dépression lorsqu’ils constatent une dégradation durable de l’humeur avec tristesse (« je pleure tout le temps ») ou une perte d’intérêt, voire de plaisir (« je n’ai envie de rien »). S’y combinent obligatoirement, selon une fréquence variable, d’autres symptômes comme les difficultés de concentration (« je n’arrive à rien »), une modification du poids, des troubles du sommeil, un ralentissement des gestes de la vie courante, une fatigue, un sentiment de dévalorisation (« je ne sers à rien »), éventuellement des pensées de mort.

 

… à ne pas confondre avec un simple état d’âme

Afin d’éviter toute confusion avec l’acception populaire, la dépression en médecine est appelée « dépression caractérisée ou majeure ». Le qualificatif de majeur ne traduit pas le degré de sévérité mais la réalité de la pathologie qui est considérée comme « caractérisée ». Sa définition est donnée par une instance reconnue internationalement. Il s’agit donc d’une véritable maladie. Il ne faut pas la confondre avec la déprime passagère, même due à une circonstance identifiable. Par exemple, suite à un deuil, il est normal d’être déprimé. Normalement cette phase va durer quelques mois et l’état va aller en s’améliorant. Pour être qualifié de dépression, la tristesse, qui en est le symptôme majeur, doit être excessive, injustifiée, inappropriée, chronique et inductrice de souffrance.

 

Chez l’adolescent, la dépression passe trop souvent inaperçue

On estime que près de 8 % des adolescents âgés de 12 à 18 ans souffriraient d’une dépression. Or, à cet âge, la dépression passe souvent inaperçue : l’adolescent a des difficultés à exprimer ses ressentis, manifeste sa souffrance différemment des adultes et sa dépression peut être confondue avec les sentiments de déprime, courants à l'adolescence.

En effet, la déprime chez l’adolescent est un état normal et transitoire durant lequel il présente une série de symptômes à tonalité dépressive (comme la morosité ou l’instabilité émotionnelle). Cet état ne présente pas une intensité cliniquement significative et ne retentit pas sur la vie relationnelle ou scolaire.

D’abord soulager la souffrance…

La prise en charge initiale de l’épisode dépressif a pour objectif de soulager la souffrance dépressive (n’oublions pas qu’il s’agit d’une vraie souffrance), de contrôler le risque suicidaire et d’atteindre une rémission aussi complète que possible. Comprendre les causes de la dépression, en supposant qu’il y en ait une, est à entreprendre dans un second temps dès que le patient se sent mieux.

 

… le plus précocement possible…

La prise en charge d’un patient présentant un épisode dépressif doit être aussi précoce que possible. Un retard augmente la fréquence des complications sur les plans professionnels, sociaux, familiaux, sans parler des addictions. Par ailleurs, une dépression qui s’aggrave complique la prise en charge ultérieure en renforçant le décrochage du patient : renforcement des idées d’inutilité ou de faible estime de soi, installation d’un pessimisme foncier, perte de motivation.

 

… afin de limiter les complications à long terme.

N’oublions pas une fois de plus que la dépression est une véritable souffrance. Qui peut justifier qu’il faille attendre pour calmer une douleur somatique ? Alors pourquoi attendre ? D’un point de vue épidémiologique, un premier épisode dépressif majeur sera suivi d’au moins une récidive dépressive chez plus de la moitié des patients. Cette proportion atteint 80 % après trois épisodes dépressifs majeurs.

Plus la dépression est sévère, plus la mise en place d’un traitement antidépresseur doit être rapide, en général dès la première consultation. Dans tous les cas, en dehors de la prescription médicamenteuse, il faut mettre en place d’emblée un soutien psychologique qui est une part importante de la thérapeutique et qui favorise l’acceptation par le patient du traitement antidépresseur.

 

Établir une bonne relation avec le médecin traitant…

Une prise en charge rapide, outre ses effets bénéfiques directs sur l’épisode dépressif, permet avant que ceux-ci n’apparaissent, de nouer une relation médecin-malade de qualité, garante de la qualité ultérieure du suivi médical et de l’observance.

Un adolescent déprimé est toujours un individu en détresse. Lorsqu’il s’agit du premier épisode, il peut être largement déstabilisé par ce qu’il lui arrive. Le premier rôle du médecin sera de mettre des mots sur sa souffrance, ce que le patient lui-même n’est pas toujours capable de faire. Cette simple verbalisation de ce qu’il ressent a un effet immédiatement bénéfique. En mettant des mots sur les symptômes, on commence à les prendre en charge.

Informer le patient sur sa maladie est une phase capitale. Il faut lui donner les informations qui vont lui permettre d’identifier et de comprendre les symptômes de la dépression, lui rappeler que la dépression est une maladie comme les autres et qu’elle est curable. Il doit comprendre les enjeux du traitement : accélération de la guérison, diminution des fréquences des récidives, mais aussi que le traitement a un délai d’action initial et qu’il est nécessaire de le prolonger celui-là au moins six mois.

 

… pour un suivi régulier

Tout dépend de la situation clinique. Mais assurément le suivi doit se faire au minimum de façon hebdomadaire, voire plus fréquemment, surtout en cas d’épisode sévère. Revoir rapidement le patient permet de gérer au mieux la survenue éventuelle d’effets indésirables et réduit les risques d’un abandon du traitement. C’est également une période clé pour établir un relationnel efficace pour la suite du traitement.`

Attention, la dépression peut tuer

La dépression est une maladie qui tue ! Même si les 14 000 suicides observés tous les ans en France ne sont pas tous dus à des épisodes dépressifs, ceux-ci sont responsables des deux tiers. C’est plus que les morts sur la route ! Alors soyons sérieux vis-à-vis de cette maladie, spécialement chez l’adolescent chez qui le suicide constitue la deuxième cause de mortalité !

Le rôle de l’entourage est déterminant. C’est à lui d’encourager le patient à consulter (que dire des amis qui disent que cela va passer tout seul ?), à suivre le traitement et à détecter les risques de passage à l’acte.

Illustration Frantz Lecarpentier