Quand le cœur bat vite


VPVC152 – Mai Juin 2019 – Votre Pharmacien Vous Conseille

Une émotion, un effort intense…et le cœur s’accélère, rien que de très normal. Par contre, au repos ou sans raison, ressentir le cœur qui s’emballe inquiète forcément. Fort heureusement ces situations, bien que fréquentes, ne revêtent que rarement un caractère de gravité. Néanmoins, il convient d’en parler à son médecin.

 

 

 

Spontanément le cœur bat à un rythme assez rapide, à environ 90 battements par minute. En fait cet organe est sous le double contrôle du système nerveux autonome. Le système parasympathique, lequel prend les commandes dans les situations de la vie courante, ralentit le cœur. Ceci explique qu’au repos (sommeil, lecture calme dans un fauteuil) notre rythme cardiaque est à environ 60 battements par minute. Par contre, en cas d’effort (travail physique, sport) ou en situation d’urgence (bruit soudain intense, menace physique), le cœur s’accélère jusqu’à 150 ou 180 battements par minute. C’est le système orthosympathique (système accélérateur, de l’urgence) qui prend alors le contrôle. Ceci est la description synthétique du fonctionnement normal du cœur. Mais parfois ces systèmes de contrôle se dérèglent et on peut ressentir un rythme cardiaque accéléré au repos ou même un véritable emballement, accompagné de malaises. On parle alors de palpitations ou de tachycardie, deux types de situations à distinguer.

 

Qu’appelle-t-on palpitations ?

Les palpitations correspondent à la perception anormale des battements cardiaques qui physiologiquement ne sont pas perceptibles. Cet emballement ne dure généralement que quelques minutes et n'a aucune conséquence sur la santé. Scientifiquement on parle d’éréthisme cardiaque, c'est-à-dire d’excitabilité anormale.

Selon l'Observatoire de la médecine générale, les palpitations touchent essentiellement les sujets entre 40 et 60 ans et trois à quatre fois plus souvent les femmes que les hommes.

Les mécanismes responsables de la sensation de palpitations sont inconnus.

 

À quoi sont dues les palpitations ?

Plusieurs facteurs favorisent ces changements inopinés du rythme cardiaque, comme une forte émotion ou un stress, l’abus d’excitants (café, nicotine, boissons énergisantes) ou certains médicaments. Elles peuvent également se rencontrer en cas de déshydratation, de manque de sommeil, d’hypoglycémie ou au cours de certaines pathologies comme l’hyperthyroïdie, d’une anémie ou d’un épisode de fièvre.

Les personnes ayant naturellement un rythme cardiaque rapide (entre 80 et 90 battements par minute), ou qui pratiquent de l'exercice physique sans entraînement, sont également plus susceptibles d'être touchées.

 

Faut-il traiter les palpitations ?

Suite à un examen cardiaque complet et après avoir éliminé une autre cause ou un trouble du rythme constitué (Cf. plus loin), s’il s’agit de palpitations isolées, il n’y a pas à proprement parler besoin d’un traitement permanent. En revanche, quelques ajustements dans les règles de vie sont à conseiller.

Bien sûr, les substances comme le café ou l’alcool et les médicaments à l’origine des palpitations sont à arrêter. Chez les sujets « nerveux » ou stressés, apprendre à dominer son stress est une bonne chose : calmer sa respiration et se relaxer. Par ailleurs, il est recommandé de demander conseil à son pharmacien, lequel indiquera des compléments alimentaires ou des traitements de phytothérapie relaxants plus indiqués que des anxiolytiques qui eux ne doivent pas être pris en continu.

 

Que faire en cas de palpitations ?

D’abord s’assoir et respirer tranquillement et régulièrement pendant quelques minutes. Prendre son pouls, ce qui permet d’objectiver l’accélération cardiaque.

Bien sûr, arrêter de fumer et si ces palpitations sont consécutives à un abus de café, boire abondamment de l’eau pour éliminer la caféine.

Prendre rendez-vous avec son médecin surtout pour un premier épisode, afin de faire un bilan cardiaque.

 

Quand évoquer une tachycardie ?

Littéralement parlant, on réserve le terme de tachycardie aux situations au cours desquelles l’accélération cardiaque est sinon permanente du moins très fréquente. Ceci révèle alors un véritable trouble du rythme.

C’est tout l’objectif de l’examen cardiaque d’éliminer un trouble du rythme plus sérieux devant une palpitation.

 

Qu’est-ce qu’une tachycardie ?

Les troubles du rythme les plus fréquents sont les extrasystoles auriculaires ou ventriculaires. Un cœur battant à un rythme normal contracte d’abord les oreillettes (systole auriculaire), puis après une courte période de repos les ventricules (systoles ventriculaires). C’est cette mécanique qui assure la bonne circulation sanguine. Les oreillettes recueillent le sang venant au cœur et le poussent dans les ventricules. Ces derniers vont alors pouvoir propulser le sang dans tout l’organisme grâce à leur contraction puissante. Le cœur, comme tout le monde le sait, est une pompe merveilleuse se contractant 55 à 75 fois par minute, 24 heures par jour et tous les jours et des dizaines d’années que la vie nous accorde !

Les extrasystoles sont des contractions répétées (une fois ou deux) des oreillettes ou des ventricules. Généralement inoffensifs, ces troubles du rythme doivent toutefois être surveillés à l’aide de l’électrocardiogramme (Cf. plus loin). Et cela, particulièrement si elles sont accompagnées de syncopes, de douleurs thoraciques, de difficultés à respirer ou pour un rythme supérieur à 120 par minute.

Il existe bien sûr d’autres troubles du rythme, heureusement beaucoup plus rares.

 

L'interrogatoire précisant le ressenti du sujet est déterminant

Le médecin consulté s’attachera à préciser les éventuels antécédents personnels ou familiaux (souffle cardiaque, cardiopathie, troubles du rythme, mort subite d'un parent). De même, le mode de vie du patient doit être évalué : sédentarité, travail stressant, vie familiale, etc.

L'étape essentielle va être de faire décrire par le patient très précisément ses symptômes : circonstances de survenue, apparition suite à un effort, périodicité, horaire, durée, intensité, retentissement sur l'activité. De même, il faudra préciser la concomitance éventuelle avec la prise d'excitants (café, alcool, etc.).

 

L’électrocardiogramme est l’examen de base

Un électrocardiogramme -ou ECG- est effectué systématiquement par le cardiologue ou le médecin traitant. Cet examen consiste à enregistrer les variations du champ électrique produit par le cœur. Pour le patient, c’est un examen totalement indolore et qui peut être répété sans problème. Il suffit simplement de coller des électrodes sur le thorax, lesquelles sont reliées à un système enregistreur.

La lecture des enregistrements permet de diagnostiquer les troubles de la contraction cardiaque, bien sûr à condition que le trouble se manifeste au moment de l’examen. Si ce n’est pas le cas, le cardiologue fera pratiquer un examen dit « holter ». Il s’agit d’un enregistrement du rythme pendant 24 heures grâce à un appareil que le patient porte sur lui durant une journée complète. On met ainsi en évidence les troubles intermittents ou ceux qui sont déclenchés par les différentes activités de la vie.

Eventuellement, une épreuve d'effort est demandée. On installe le sujet sur un tapis roulant ou une bicyclette et on enregistre l’ECG durant l’effort. Cet examen est particulièrement utile en cas de troubles survenant à l'effort.

Enfin, une échographie cardiaque complètera l’investigation.

 

 


Illustration Frantz Lecarpentier