Intérêt du dépistage du cancer du sein


VPVC154 – Septembre Octobre 2019 – Votre Pharmacien Vous Conseille

Étant donné la fréquence du cancer du sein et sa gravité potentielle, les autorités en ont, depuis 2014, organisé le dépistage systématique chez les femmes de 50 à 74 ans. Le recul est maintenant suffisant pour évaluer tous les bénéfices de cette organisation et aider les hésitantes à franchir le pas.

 

 

Toutes les françaises âgées de 50 à 74 ans reçoivent tous les deux ans une invitation à entrer dans le programme de dépistage du cancer du sein. Nombre de femmes participent sans hésitation, mais beaucoup trop négligent encore cet aspect de leur santé. Comment les convaincre que s’il n’y a rien d’obligatoire (et cela est normal, chacune doit rester libre), leur intérêt personnel est bien de répondre favorablement ? Peut-être en les invitant à considérer les résultats obtenus depuis la mise en place du programme. En invitant aussi les femmes qui suivent régulièrement le programme à utiliser ces informations pour convaincre leurs amies.

 

Le dépistage permet de prendre de vitesse un éventuel cancer

Le bien-fondé de ce dépistage repose sur deux principes de base. Premièrement, la mammographie permet de détecter des cancers de petite taille bien avant qu'ils ne soient palpables ou que des symptômes ne se manifestent. Deuxièmement, quand les cancers du sein sont détectés à un stade précoce, ils peuvent être guéris dans neuf cas sur dix. Les programmes de dépistage permettent ainsi d’augmenter le taux de guérison.

 

Un intérêt scientifiquement établi

Au-delà de tous les débats et discussions plus ou moins justifiés, trois faits incontournables sont à prendre en considération, surtout par les femmes. Une femme sur huit développe un cancer du sein au cours de sa vie. Détecté tôt, ce dernier se guérit dans neuf cas sur dix. C’est entre 50 et 74 ans que les femmes sont le plus exposées. Ces trois données justifient que tout soit fait pour que le dépistage soit le plus systématique possible.

Deuxième niveau de question, ce dépistage est-il efficace ? Selon les chiffres issus d'études internationales, les programmes de dépistage du cancer du sein permettent de réduire de 15 à 21 % la mortalité par cancer du sein. Ainsi, grâce au dépistage, de 100 à 300 décès par cancer du sein sont évités pour 100 000 femmes participant de manière régulière au dépistage.

 

Le dépistage augmente la survie en cas de découverte d’un cancer

Si l’on suit l’ensemble des cancers (diagnostiqués par dépistage ou les autres), la survie à 5 et 10 ans est respectivement de 86 % et 76 %. Ce taux est de 80 % chez les femmes âgées de 55 à 64 ans et de 65 % chez les plus de 78 ans.

Ce taux a augmenté au cours des années, passant de 81 % (survie nette à 5 ans) pour les cas diagnostiqués en 1989-1991, à 89 % pour ceux diagnostiqués en 2001-2004.

Selon la Haute Autorité de santé (HAS), « deux facteurs peuvent expliquer l’accroissement de la survie : les progrès thérapeutiques majeurs réalisés au début des années 2000 et une augmentation de la proportion des cancers découverts à un stade précoce en lien avec le développement des pratiques de dépistage ».

Mais si l’on se concentre sur les diagnostics réalisés grâce au dépistage, les résultats sont des plus encourageants. En effet, le dépistage permet de diagnostiquer essentiellement des tumeurs au stade 0 ou 1 (tumeur limitée, inférieure à 2 cm) ou éventuellement 2A (tumeur de 2 à 5 cm). Or, pour ces stades le taux de guérison à cinq ans est respectivement de 100 % et 93 %.

 

Les étapes du programme

Tout commence avec la réception d’un courrier invitant à contacter un radiologue agréé.

Remettre au radiologue le document de prise en charge et se laisser guider par celui-ci.

Dans l’immense majorité des cas, le radiologue vous rassure sur l’absence de tumeur, vous invite à refaire l’examen dans deux ans et vous envoie dans les quinze jours la confirmation du résultat après deuxième lecture des clichés par un autre médecin (double contrôle).

Éventuellement, il vous oriente vers un gynécologue ou un chirurgien pour pratiquer une biopsie. Mais dans ce cas, pas de panique, on vient de vous éviter de laisser un cancer se développer et devenir invasif.

 

Et pour les femmes jeunes ?

En raison de la faible fréquence du cancer avant 50 ans (moins de 22 % des diagnostics dans cette tranche d’âge), le dépistage systématique n’est pas justifié, sauf présence d’un facteur de risque spécifique. Néanmoins, un examen clinique des seins (palpation) par un médecin est recommandé tous les ans dès l’âge de 25 ans. Il est donc facile de profiter des consultations contraception ou autre pour faire pratiquer cet examen.

 

Le dépistage en 6 points essentiels

1 - Ce sont les pouvoirs publics qui assurent la mise en place et le déroulement de ce programme. L’objectif est qu’à terme toutes les femmes concernées suivent ce dépistage. L’ensemble des professionnels de santé, hospitaliers et libéraux, participe à ce programme selon les règles fixées.

 

2 - Les consultations (examen clinique des seins) et les examens radiologiques (mammographies) sont pris en charge à 100 % par l’assurance maladie sans avance de frais.

 

3 - Toutes les femmes entre 50 et 74 ans sont concernées. Tous les 2 ans, elles reçoivent à domicile un courrier invitant à effectuer une mammographie et un examen clinique des seins.

 

4 - Le programme de dépistage offre des garanties supérieures à une démarche individuelle de détection du cancer du sein. Les clichés bénéficient d’une double lecture systématique par deux radiologues agréés et spécifiquement formés. En cas d’anomalie, un bilan immédiat est entrepris. Les installations sont évaluées tous les six mois.

 

5 – Les femmes peuvent choisir librement leur radiologue sur la liste envoyée avec l’invitation au dépistage qui est actualisée tous les six mois.

 

6 - Après 74 ans, on n'est plus dans le cadre d'une invitation systématique et c'est une discussion au cas par cas qui doit avoir lieu avec son médecin traitant ou son gynécologue.

 

 

Quelques questions / objections fréquentes

Il faut attendre longtemps les résultats.

Pas d’inquiétude, les premiers résultats sont donnés immédiatement à la fin de l’examen, sous forme orale. Les résultats définitifs sont communiqués par courrier sous 2 semaines, temps nécessaire pour faire pratiquer une seconde lecture par un autre radiologue. Les résultats sont également transmis au médecin traitant.

La mammographie ne détecte pas tous les cancers.

La mammographie détecte plus de 90 % des cancers et ce avant que n’apparaissent les signes cliniques. Par contre, certains cancers de très petite taille peuvent passer inaperçus. C’est pour cette raison que l’on répète l’examen tous les 2 ans.

Je suis une femme à risque élevé de cancer et le programme n’est pas adapté.

En effet, pour les femmes à risque élevé (antécédents maternels en particulier) un suivi spécifique, adapté à leur situation est proposé. Une prise en charge à 100 % des examens recommandés est assurée par les caisses d’assurance maladie.

Je suis déjà assez angoissée comme cela, ce n’est pas la peine d’en ajouter.

Les radiologues participant au programme savent que vous pouvez ressentir une certaine appréhension. Ils ont les réponses de nature à vous rassurer. Ne pas oublier que ne pas vouloir savoir ne protège en rien, mais diminue ses chances de guérison, par le retard de prise en charge.

Il existe des faux positifs.

On appelle faux positif le diagnostic de cancer alors que la lésion repérée à la mammographie n’est pas cancéreuse. Ce risque n’est pas nul, mais il est très faible. De toute façon, en cas de mammographie interprétée comme positive, une biopsie sera proposée et permettra de corriger le diagnostic sans qu’il soit besoin d’opérer. C’est de toute façon mieux que de laisser évoluer un cancer non diagnostiqué, même si ceci est de nature à induire une inquiétude supplémentaire.

 


Photo Frantz Lecarpentier/Bologne