Les troubles de l'humeur


VPVC155 – Novembre Décembre – Votre Pharmacien Vous Conseille

« Tu es de mauvaise humeur ce matin. » Qui n’a pas entendu ce reproche ? L’humeur fait partie de notre quotidien et chacun sait que nous ne sommes pas toujours d’humeur égale. Alors pourquoi parler des troubles de l’humeur ? Parce que parfois ces troubles peuvent se transformer en véritable maladie qu’il convient de comprendre.

 

 

 

Qu’est-ce que l’humeur ?

L’humeur est un état d’esprit dominé par une émotion (colère, joie, tristesse). Ces émotions font le sel de l’existence et, à part quelques heurts avec l’entourage, notre vie n’est généralement pas perturbée car nous les contrôlons.

Le professeur Jean Delay, l’un des grands psychiatres du XX° siècle, en donne une définition plus médicale : « l’humeur ou thymie est une disposition affective de base qui donne à chacun des états d’âme une tonalité agréable ou désagréable, oscillant entre les deux pôles extrêmes du plaisir et du déplaisir. »

 

Qu’appelle-t-on trouble de l’humeur ?

On va parler de trouble de l’humeur lorsqu’une personne ressent ses émotions négatives plus intensément et pendant plus longtemps que la plupart des gens ou, à l’inverse, manifeste ses émotions positives de façon plus expressive. Rien d’inquiétant et ce n’est pas parce que quelqu’un est plus sensible à son environnement qu’il doit être considéré comme malade.

De la définition donnée par le Professeur Delay découle une approche médicale. La médecine ne s’intéresse en effet aux troubles de l’humeur que si le sujet en souffre. De ce point de vue, les troubles de l’humeur peuvent prendre deux aspects différents : les états dépressifs ou les états d’excitation (états maniaques).

On distingue donc trois grands types de troubles de l’humeur : la dépression, les troubles bipolaires et la dysthymie.

 

Qu’est-ce que la dépression ?

La dépression est caractérisée par un sentiment de tristesse irrépressible, ressenti douloureusement. Cette tristesse dite pathologique est accompagnée d’un ensemble de symptômes comme le désintérêt, la perte de confiance en soi, des difficultés de concentration et de nombreux troubles somatiques.

 

Quand parle-t-on de troubles bipolaires ?

La pathologie de l’humeur est dite bipolaire quand le patient présente une alternance d’épisodes dépressifs ou maniaques. L’état dit maniaque par les spécialistes est un état d’excitation et d’hyperactivité, exact opposé de l’état dépressif où l’abattement domine. Il ne s’agit donc pas du besoin d’ordre et de rangement, sens que l’on donne à ce mot dans le langage courant.

 

Qu’est-ce que la dysthymie ?

La dysthymie est cette impression de vivre une dépression atténuée. La tristesse est moins intense que dans la dépression caractérisée et les autres symptômes sont moins nombreux.

 

Existe-t-il une classification de ces maladies reconnue par tous ?

Les spécialistes ont élaboré une classification de ces états et maladies au plan mondial afin que l’on puisse faire avancer la connaissance et évaluer les traitements et l’évolution de la maladie. La plus connue et la plus utilisée est le DSM pour « Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder ». Cette classification a évolué au cours du temps et nous en sommes à la version cinq (V).

 

Comment le DSM V définit-t-il la dépression ?

Selon le DSM V, on parle de dépression caractérisée si et seulement si le patient présente durant au moins deux semaines, cinq des symptômes de la liste suivante.

De façon indispensable au moins l’un des deux symptômes majeurs : humeur dépressive (j’ai toujours envie de pleurer) et/ou anhédonie c'est-à-dire perte de l’intérêt ou du plaisir (rien ne m’intéresse).

Avec au moins quatre symptômes parmi : modification du poids, troubles du sommeil, agitation ou ralentissement psychomoteur, fatigue, sentiment de dévalorisation (je ne suis bon à rien, je rate tout), difficultés de concentration (je n’arrive pas à lire, je suis incapable de faire mes comptes, je ne trouve plus mes mots), pensées de mort (je ferais mieux de disparaître).

 

Comment se présente une dépression bipolaire ?

La dépression bipolaire, appelée auparavant épisode maniaco-dépressif, se caractérise par l’alternance d’épisodes dépressifs majeurs (identiques à la dépression unipolaire) et d’épisodes maniaques et/ou hypomaniaques.

Les épisodes maniaques se manifestent par une augmentation de l’estime de soi (idées de grandeur), une réduction des besoins de sommeil, une plus grande communicabilité, une fuite des idées, la distractivité, une augmentation de l’activité voire une agitation, des engagements excessifs dans des activités agréables mais éventuellement dangereuses (sports à risque, activités sociales exposées, etc.).

 

L’anxiété est-elle un signe de dépression ?

Le symptôme anxiété ne fait classiquement pas partie de la définition de la dépression majeure du DSM V. Les spécialistes distinguent bien les deux troubles car leurs manifestations ne sont pas superposables.

Mais tout clinicien sait que l’anxiété accompagne très souvent la dépression, on parle de comorbidité.

L’anxiété doit être prise en compte dans la dépression car elle entraîne généralement une plus grande difficulté de traitement et une chronicisation de la pathologie. En outre, les troubles anxieux associés à la dépression potentialisent le risque suicidaire.

 

Faut-il donner systématiquement un traitement à un patient dépressif ?

Oui car cette personne souffre. La tristesse pathologique de la dépression est une souffrance. Cette souffrance est telle que le sujet n’est plus capable de se projeter dans le présent et l’avenir. Toute action demande un effort qu’il n’est bien souvent pas capable de fournir. Il ne se voit plus comme utile et envisage la mort comme une nécessité. Il n’est donc pas envisageable de ne pas l’aider. Comment ? Par des traitements médicamenteux et un accompagnement adapté.

 

Pourquoi les antidépresseurs ?

La neurobiologie nous a déjà appris beaucoup sur le fonctionnement du cerveau et nos comportements. On connait maintenant le rôle des neuromédiateurs (molécules chimiques qui transmettent l’information au cerveau). On sait que la dépression est caractérisée par un déficit en neuromédiateurs, comme la sérotonine (sans que ce constat explique la totalité de la maladie). Ainsi, les spécialistes ont pu mettre au point des médicaments qui favorisent le fonctionnement des neuromédiateurs appelés antidépresseurs.

 

Les antidépresseurs sont-ils utiles ?

Les antidépresseurs ne guérissent pas de la dépression mais soulagent la souffrance du patient. Ils agissent comme les antalgiques sur le rhumatisme. Ceux-ci ne font pas disparaître le rhumatisme. Mais qui refuserait de donner un antalgique à quelqu’un qui souffre ? Il en va de même dans la dépression. Il faut donc encourager le patient à prendre son traitement. Les antidépresseurs actuels sont globalement bien tolérés et leur efficacité est démontrée : les patients voient leurs symptômes régresser en quelques semaines et ils peuvent de nouveau reprendre leurs activités.

 

Que doit faire l’entourage du patient déprimé ?

L’entourage du patient déprimé, au premier rang duquel se trouve le médecin ou le psychiatre, a un rôle considérable. Par l’écoute d’abord. Celle-ci aide le patient à se revaloriser. Par l’encouragement à prendre le traitement et à consulter régulièrement. Par l’aide au quotidien en général en comprenant bien que le déprimé est malade et qu’il ne sert à rien de le stimuler (« remue toi, prends sur toi») car le déprimé n’en est momentanément pas capable.

 

 



Photo Phovoir Atelier Frantz Lecarpentrier