Questions sur… Les apnées du sommeil


VPVC157 – Mars Avril 2020 – Votre Pharmacien Vous Conseille

Questions sur… Par le Dr Sophie Duméry

 

 

Les apnées du sommeil répétitives signent un syndrome d’apnées/hypopnées obstructives du sommeil ou SAHOS, dont la fréquence est sous-estimée et le diagnostic insuffisant. Elles aggravent de nombreuses pathologies qui mettent la vie en danger. Un traitement efficace existe mais il est contraignant.

 

 

Qu’est-ce qu’une apnée du sommeil ?

C’est une pause respiratoire anormalement longue et/ou anormalement fréquente pendant le sommeil, donc involontaire. On peut donc l’observer pendant la nuit et pendant la sieste. La ventilation pulmonaire est diminuée par occlusion pharyngée partielle (hypopnée), ou totalement interrompue par occlusion pharyngée complète (apnée). En conséquence, l’oxygène sanguin baisse (hypoxie) et le gaz carbonique augmente (hypercapnie). Ce trouble respiratoire déstructure le sommeil puisque le corps se réveille pour respirer correctement ; il altère à terme les organes en particulier le cœur et le cerveau dont la vie immédiate dépend.

 

Quels en sont les signes ?

Les conjoints et les personnes qui dorment dans la même chambre que le patient sont les premiers à donner l’alerte : soit qu’ils craignent l’arrêt respiratoire définitif, soit à cause du ronflement, très souvent associé. Bruyant jusqu’à briser les couples, le ronflement témoigne de l’affaissement des tissus pharyngés et du relâchement musculaire local. Mais, selon une méta-analyse américaine (2013), il est moins spécifique du diagnostic que les suffocations et les râles respiratoires nocturnes (comme un soupir d’agonie).

La définition du SAHOS modéré à sévère retenue par la Haute Autorité de Santé (HAS) comporte un nombre d’apnées/hypopnées dépassant 15 par heure (la norme est inférieure ou égale à 5 par heure), avec au moins trois signes dans cette liste : somnolence et/ou fatigue diurnes, ronflements sévères et quotidiens, sensation d’étouffement/suffocation pendant le sommeil, besoin d’uriner la nuit, maux de tête matinaux. L’évaluation rapide du risque de SAHOS se fait par le test d’Epworth (voir encadré). Mais le diagnostic de référence repose sur l’enregistrement du sommeil en laboratoire (polysomnographie) avec ou sans consultation spécialisée du sommeil. La polysomnographie permet d’enregistrer, entre autres, l’électroencéphalogramme, l’électrocardiogramme, l’électromyogramme, la saturation sanguine en oxygène (oxymétrie de pouls), les mouvements respiratoires…

D’autres explorations sont possibles, plutôt pour orienter le diagnostic que pour l’établir : oxymétrie de pouls, polysomnographie ambulatoire (enregistrement du sommeil à domicile).

 

Combien de Français en sont atteints ?

Difficile de le savoir car le SAHOS est insuffisamment recherché et diagnostiqué : 90% des patients ne sont pas pris en charge selon la HAS. On estime sa prévalence entre 5 et 7% de la population (3 à 4 millions de personnes), plus fréquente chez l’homme et chez les 65-70 ans où il atteint un plateau. Si l’on prend pour indice le ronflement dont 40% de la population déclare souffrir, il y aurait environ 20% d’entre eux atteints d’un SAHOS, très généralement non diagnostiqué.

 

Quels sont les facteurs de risque ?

Les anomalies anatomiques de la bouche et du pharynx sont à risque : le menton fuyant par exemple, une grosse langue, des dépôts de graisse dans les parois du pharynx. De fait, le risque augmente parallèlement avec le surpoids et l’obésité, en cercle vicieux car plus le SAHOS s’aggrave plus il incite à manger et de façon plus calorique.

L’alcoolisation, les médicaments psychotropes (benzodiazépines) et le tabagisme abaissent le tonus musculaire du pharynx : celui-ci se ferme donc pendant le sommeil et fait obstruction au passage de l’air respiré. La ménopause et l’origine noire africaine sont aussi associées à un risque augmenté.

 

Que risque-t-on à ne pas se soigner ?

Le SAHOS favorise et aggrave les maladies cardiovasculaires (hypertension artérielle, angine de poitrine, infarctus du myocarde, AVC) ainsi que le diabète de type 2 (de la pléthore). La mortalité est doublée si l’on cumule SAHOS, trouble cardiaque et diabète ; elle est sextuplée si l’on cumule SAHOS, AVC et diabète (étude SAVE, 2018).

D’autres risques sont la baisse cognitive chez les personnes âgées (risque démentiel élevé), un syndrome dépressif, la baisse de la libido et des troubles de la concentration. Ces derniers, avec la somnolence diurne irrésistible, mettent en péril la carrière professionnelle comme la sécurité au travail et au volant.

 

Comment traite-t-on le SAHOS ?

Une meilleure hygiène de vie est essentielle : perte d’un surpoids d’abord, sevrage médicamenteux, tabagique et alcoolique ensuite ; mais elle ne suffit pas.

La HAS recommande de traiter le SAHOS modéré à sévère par la pression d’air positive continue (PPC) pendant le sommeil. Délivrée au masque à l’aide d’une machine, pendant au moins 4 heures par nuit, elle est très contraignante parce que le masque n’est pas bien toléré et ne permet pas de gesticuler. Elle est donc mal suivie. De plus c’est une obligation durable, car elle ne guérit pas la cause du SAHOS, seulement ses conséquences. Pour autant elle est très efficace (meilleur éveil et efficience diurne) et la mortalité cardiovasculaire induite diminue significativement (étude SAVE, 2018).

Quand le SAHOS n’est que minime ou modéré, l’orthèse mandibulaire placée la nuit entre les deux mâchoires peut suffire : elle ouvre le pharynx en avançant la mandibule et la langue. Elle est fabriquée au mieux selon l’anatomie du patient.

La chirurgie du pharynx a eu son heure de gloire pour traiter le ronflement, mais elle ne fait pas mieux que l’orthèse mandibulaire en matière de SAHOS. On obtient les meilleurs résultats avec la correction osseuse qui avance définitivement la mandibule, mais c’est un protocole très lourd réservé à des situations particulières.

 

A-t-on le droit de conduire avec un SAHOS ?

Un arrêté du 18 décembre 2015 a actualisé la liste des affections interdisant la conduite automobile. Le SAHOS y figure en raison de la somnolence qu’il induit. Toutefois la reprise de la conduite est prévue si le traitement est efficace et annule cette somnolence, situation attestée par un bilan spécialisé. La conduite automobile est alors déclarée compatible pour 3 ans, une autorisation temporaire qu’il faut donc renouveler.

 

Les enfants sont-ils concernés ?

Oui, et c’est le plus méconnu des SAHOS. Sa prévalence oscillerait autour 1 ou 2%. Les signes sont les mêmes que ceux des adultes mais les facteurs de risque diffèrent quelque peu. Si l’obésité est un risque commun, les malformations de la face et de la bouche forment un gros contingent de causes, ainsi que de grosses amygdales ou d’une maladie génétique (trisomie 21). Les examens diagnostics sont les mêmes que chez l’adulte.

Le retrait des amygdales s’impose comme traitement quand elles sont coupables. Sinon la pression positive continue durant le sommeil est aussi efficace que chez l’adulte mais pas forcément mieux tolérée !

 

 

 

Score d’Epworth

Evaluez votre risque d’assoupissement en situations suivantes en codant 0 s’il n’y a aucun risque, 1 pour un risque faible, 2 pour un risque moyen et 3 pour un risque fort. La situation est pathologique à partir d’un score de 10.

 

0

1

2

3

Assis à lire

 

 

 

 

En regardant la télévision

 

 

 

 

Assis, inactif en public (cinéma, réunion)

 

 

 

 

Passager d’un véhicule (personnel ou commun) roulant sans arrêt pendant une heure

 

 

 

 

Allongé dans l’après-midi quand l’occasion se présente

 

 

 

 

Assis en conversation avec quelqu’un

 

 

 

 

Assis au calme après un repas sans alcool

 

 

 

 

Dans un véhicule immobilisé quelques minutes