Du son jusqu’à la surdité


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Par Zoé Xium

La fête de la musique est aussi la fête du « son », notion qui élargit largement l’horizon musical, au risque d’y laisser ses oreilles… Quelques repères pour préserver son audition.

Photo Phovoir 

 

Une personne de plus 60 ans sur trois souffre d’une perte auditive significative, résultat d’une vie d’audition pas toujours prudente. Une personne sur quatorze de la génération X (40-45 ans) en souffre déjà, grâce aux « teufs » répétées dont le bruit est proche de la transe de groupe. Mais l'oreille interne, qu’on ne voit pas, le paie cher. L’agression est transmise au tympan, puis à la chaine des osselets puis aux liquides de la cochlée, organe sensoriel auditif, qui vibrent à la fréquence des sons. Cette tornade liquidienne arrache des cils aux cellules auditives, que ne peuvent plus convertir les vibrations sonores en signaux électriques transmis au cerveau par le nerf auditif.

Les cellules auditives agressées finissent par mourir de stress oxydatif si le bruit est intense et/ou répété. S’ensuit une perte auditive proportionnelle, dite surdité de perception. Outre le vieillessement auditif avec l’âge (presbyacousie), une prédisposition génétique aggrave la perte auditive en intensité sonore même faible et aussi brève qu’une minute en discothèque, mais on ne sait pas quelle part de la population en souffre.1

Sans traitement ni mise au repos auditif, la surdité s'aggrave jusqu’au silence plus ou moins hanté par des bruits spontanés (acouphènes qui concernerait 16 millions de Français). Ce phénomène est irréversible, à ce jour.

 

Travailleurs protégés, teufeurs en danger

Les mégapoles sont de plus en plus bruyantes ; l’OMS prédit en 2030, une surdité par surexposition au bruit pour un milliard d’individus. Des réglements protègent les travailleurs mais le risque sonore est large et mal perçu. Il concerne les musiciens d’orchestre (cuivres, percussions) et la proximité de voisins de pupitre (hautbois, clarinettes), comme les chasseurs et les amateurs de pétards. Les teufeurs, eux, revendiquent leur liberté de devenir sourd ! La perte auditive lors d’un festival de musique est associée lors de l’évévement à l’absence de bouchons d’oreille protecteurs (voir encadré), à la consommation d’alcool et autres drogues, au sexe masculin.2

Génération Y (trentenaires) et Millenials (vingtenaires) accros à l’écoute amplifiée sont promis à l’appareillage précoce. Selon les Journées nationales de l’Audition (JNA), 100% des 15-17 ans possédent un smartphone avec un temps écoute musicale dépassant les deux heures par jour. Or l’audition saine est indispensable aux apprentissages et à la performance intellectuelle. Outre un moindre niveau socio-économique, les jeunes générations encourent une surdité précoce connue pour favoriser le repli sur soi, le déclin cognitif et la démence si redoutés chez les seniors.

 

 

Festivals de bouchons d’oreille
Santé Publique France (agence française de prévention sanitaire) recommande le port de bouchons d’oreilles lors des festivals de musique. Mais il faut savoir les insérer correctement pour ne pas les bouder, et surtout les rendre véritablement protecteurs.

Une vidéo mode d’emploi postée sur Youtube par Santé Publique France et l’association Agi-Son explique au public et au monde du spectacle le mode d’emploi des bouchons d’oreille. À regarder et diffuser largement.

www.youtube.com/watch?v=X1gCqDEkad8

 

Références

1-Delmaghani, Defourny, Aghaie et coll. Hypervulnerability to sound-exposure through impaired adaptive proliferation of peroxisomes. Cell, 2015 ; 163 : 894–906

2- Kraaijenga, Van Munster, Van Zanten. Association of Behavior With Noise-Induced Hearing Loss Among Attendees of an Outdoor Music Festival. AMA Otolaryngol Head Neck Surg. 2018;144:490-497