Les troubles cognitifs


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Les troubles cognitifs

 

On estime qu'environ 50 % des personnes de plus de 65 ans qui consultent leur médecin généraliste se plaignent de troubles de la mémoire. C'est donc tout le problème du diagnostic différentiel entre troubles cognitifs (qui annoncent une maladie neurodégénérative) et troubles du vieillissement normal qui se pose au quotidien. Sujet d'autant plus délicat que des affections chroniques (hypertension artérielle, insuffisance coronarienne, diabète, syndrome d'apnées du sommeil), dont la fréquence augmente avec l'âge, retentissent sur le fonctionnement cognitif et peuvent accélérer le déclin des capacités cognitives.

 

Si la mémoire est la fonction cognitive, dont les défaillances sont les plus facilement détectées, elle ne résume pas, à elle seule, l'ensemble des fonctions cognitives qui se définissent comme les fonctions intellectuelles permettant : l'acquisition, le traitement, la classification et l'intégration de l'information (fonctions réceptives), le stockage et le rappel de l'information (mémoire et apprentissage), l'organisation mentale de l'information (pensée et raisonnement), la communication ou l'action (fonctions expressives). En un mot, les fonctions cognitives sont les fonctions cérébrales qui nous permettent de vivre harmonieusement dans notre environnement et d'en profiter pleinement.

 

Les troubles précoces touchent des capacités cognitives essentielles

Les composantes ou actions cognitives qui subissent le plus précocement l'effet de l'avancée en âge touchent 4 domaines, sans que ceux-ci soient exhaustifs : la vitesse de traitement de l'information, l'attention, la mémoire de travail, les stratégies mnésiques.

La vitesse de traitement de l'information, ou ralentissement cognitif, est l'un des facteurs de la diminution des performances cognitives. Avec l'âge, le temps d'exécution d'un ou de plusieurs processus cognitifs augmente. Cela se manifeste par un temps de réaction du sujet augmenté.

Ensuite, ce sont l'attention et la capacité d'inhiber des stimuli non pertinents qui se dégradent. C'est l'attention qui assure la sélection d'une information extérieure, parmi tous les stimuli venant de l'environnement. Les troubles de l'attention pourraient être à l'origine de nombreux déficits cognitifs observés dans le vieillissement normal. La capacité à inhiber une réponse non pertinente permet d'assurer la continuité du comportement et de poursuivre l'objectif fixé. L'attention sélective est particulièrement sensible aux effets de l'âge.

Le terme mémoire de travail désigne le type de mémoire dans laquelle nous stockons et manipulons à très court terme des informations en vue d'accomplir une tâche cognitive (numéro de téléphone à composer'). Avec l'avancée en âge, les performances qui s'appuient sur la mémoire de travail diminuent. Les performances de raisonnement diminuent de manière continue avec l'âge parce que les personnes âgées ont des difficultés avec leur mémoire de travail.

Les stratégies mnésiques qui assurent l'encodage des informations, sont également modifiées par l'âge, ce qui ne permet pas un enregistrement en profondeur, gage d'une bonne mémorisation. Mais il ne s'agit pas d'un déficit d'encodage, comme dans la maladie d'Alzheimer, au cours de laquelle l'information n'est pas encodée du tout. Les personnes âgées réapprennent d'ailleurs facilement les stratégies mnésiques, au cours des ateliers de mémoire avec stimulation cognitive et en bénéficient pleinement.

 

Comment protéger ses capacités cognitives ?

Un certain nombre de facteurs apparaissent bénéfiques contre le vieillissement cognitif. Parmi ceux-ci, on peut noter le niveau de scolarité (plus il est élevé, plus le déclin sera retardé) et l'expérience (une longue pratique permet de stocker un fort volume de connaissances bien organisées). Le style de vie est également très important. La pratique d'activités stimulantes a un impact positif sur le fonctionnement cognitif ; de même, le fait de vivre avec un conjoint améliore les capacités cognitives et a un effet protecteur contre la dépression (qui est associée à une diminution du fonctionnement cognitif). Notons qu'une bonne condition physique semble avoir un impact également positif. Ceci s'explique par le fait que les activités physiques régulières, en améliorant les fonctions cardio-respiratoires, augmentent la vascularisation des tissus cérébraux, notamment dans les régions frontales du cortex cérébral, qui sont plus sensibles au vieillissement. Enfin, le type de personnalité a également été cité comme ayant un effet bénéfique sur le vieillissement cognitif.

 

Comment récupérer ses capacités ?

Les personnes âgées sont capables d'améliorer leurs performances cognitives grâce au réapprentissage de stratégies attentionnelles et mnémotechniques. Cependant, ils n'en sont généralement pas conscients et méconnaissent leur potentiel d'apprentissage. Ils adoptent une attitude défaitiste qui engendre un manque de confiance, une humeur dépressive et de l'anxiété. En cas de troubles cognitifs bénins liés au vieillissement physiologique, il ne faut pas banaliser la plainte et il est nécessaire d'informer et de rassurer les personnes âgées sur leurs capacités, afin de diminuer leurs croyances négatives. Dans tous les cas, une plainte bénigne doit être analysée. Si des éléments anxio-dépressifs sont à l'origine des difficultés cognitives exprimées, ils doivent être traités.

 

Le risque d'évolution vers une démence

Les personnes souffrant de troubles cognitifs légers (ou MCI pour les anglais) ont plus de risque d'évoluer vers une démence (maladie d'Alzheimer ou autres). De 12 à 25 % d'entre eux, selon les études, évoluent chaque année vers une démence tandis que, dans une population contrôle suivie sur une période similaire, seuls 2 % des sujets développent ce type de pathologies.

Les critères de diagnostic des troubles cognitifs légers sont les suivants. Les performances cognitives objectivées sont légèrement en dessous de la norme par rapport à l'âge et au niveau socio-éducatif mais n'atteignent pas le seuil de démence. Ensuite, l'altération cognitive est mise en évidence, soit par un suivi objectif de l'évolution du déficit cognitif, soit de façon subjective, par une plainte provenant du sujet lui-même et/ou de l'entourage, associée à un déficit cognitif objectivé. Les activités de la vie quotidienne sont préservées mais les activités complexes de la vie quotidienne peuvent être légèrement déficitaires.

Il est donc très important de suivre les patients atteints de troubles cognitifs légers et de leur proposer, même éventuellement fermement, des bilans de suivi.